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Lucien DEPRESLES

23 février 2022
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Meillard, le samedi 19 février 2022

Hommage à Lucien DEPRESLES

Nous sommes nombreux présents à notre dernier rendez-vous avec Lucien, nombreux pour partager avec toute sa famille la peine immense dont sa disparition nous accable.

Jean, Michel et Simone, petits enfants et arrière petits enfants, nous partageons votre chagrin dans ce deuil qui s’ajoute à tant d’autres.

Nombreux sont aussi celles et ceux qui, retenus loin d’ici, nous demandent de bien vouloir excuser leur absence. Ils sont de tout cœur avec nous pour partager le souvenir de Lucien.

Né en 1923 à Cressanges, Lucien DEPRESLES avait grandi sa jeunesse ici dans un entre-deux guerres en tension entre la montée des périls fascistes et les espoirs du Front Populaire. Toute sa vie restera marquée par ces deux combats dans ses engagements dans la Résistance et pour le progrès social.

Il avait obtenu le Certificat d’Etudes primaires en 1936. Mais il était sorti de l’école 50 jours avant ses treize ans, pour aider à la ferme où son père était malade. Il était travailleur de la terre et son engagement dans la Résistance va sceller toute une vie d’engagement dans le secteur associatif et dans la vie politique locale pendant plus de trois quarts de siècle.

Militant associatif, responsable local et départemental, dès l’immédiat après-guerre Lucien s’est engagé à l’ANACR, puis à la FNDIRP et plus tard à l’AFMD, la mémoire de la Résistance à laquelle il avait participé et celle de la déportation qui lui avait pris sa mère lui étaient chères. Il a aussi été membre titulaire du tribunal des Pensions Militaires de l’Allier de 2009 à 2011.

Militant communiste dès 1940 Lucien DEPRESLES sera plus tard élu à Meillard conseiller municipal et maire adjoint de 1953 à 1963, puis maire de Meillard de 1963 à 1989.

Aux Champs, la Résistance fait l’histoire en famille. Lucien Depresles, jeune d’à peine 17 ans à la déclaration de la guerre, est dans une famille et un milieu qui ne supportent ni la capitulation ni la collaboration pétainiste. La défense de la République et de ses valeurs, de la liberté et de l’indépendance de la France sont les moteurs de leur engagement. Modestement, il disait souvent qu’il n’a rien fait d’autre que son devoir mais c’est un engagement de tous les instants, combien risqué et combien courageux qu’il a partagé avec ses proches.

Ce sont ces cinq années d’une vie tourmentée dont nous voulons vous faire partager la mémoire en suivant les pas de Lucien pour que son souvenir nous accompagne encore longtemps et puisse nous éclairer quand l’horizon s’assombrit, quand c’est la Résistance qui porte l’espérance.

De l’engagement : des idées à l’action

Militant à I’UJARF (Union des Jeunesses Agricoles Républicaines de France) dès 1938, Lucien Depresles a adhéré au Parti Communiste clandestin en novembre 1941. Auprès d’Armand Berthomier, son voisin au village des Champs, il participe à la réception et à la diffusion des tracts et des journaux clandestins sur les communes de Meillard et de Treban.

Après l’arrestation d’Armand Berthomier en janvier 1942, Lucien et ses camarades sont sollicités par Roger Fort de Lafeline pour le cercle de la Jeunesse et par Francis Miton de Bresnay pour le PCF clandestin.

Il poursuit avec eux la distribution des tracts et des journaux et travaille aussi à la récupération des armes. Auprès de Tonio, un clandestin portugais qui travaillait avec Lucien à la ferme de Malfosse chez Jean-Louis Bidet et Francis Cognet, ce sera un premier révolver. Plus tard, Lucien récupérera des armes cachées par Fernand Thévenet à la débâcle chez Emilienne Bidet à Treban cachées ensuite dans un chêne têtard à Chapillière : sept fusils Lebel et un fusil mitrailleur. Lucien va confier les fusils aux combattants du Camp Hoche et cacher le fusil mitrailleur qu’ils trouvaient trop encombrant dans le tas de betteraves à la cave des Champs avant de l’enterrer dans un champ. Edmond Petit qui connaissait la cache l’a ensuite fait parvenir au maquis de Saint-Eloi.

Le guide de l’installation du Camp HOCHE

Après de nombreux contacts entre Edmond Civade et Tilou Bavay, c’est le secteur de Meillard qui est choisi pour l’implantation du camp qui devait accueillir les clandestins du groupe armé de Montluçon Ville grossi des jeunes empêchés de partir dans le train de la réquisition du 6 janvier 1943. Tilou Bavay était un habitué du village des Champs depuis plusieurs mois ; il y venait rencontrer Edmond Petit qui travaillait chez les Berthomier à la ferme d’en-bas.

Lucien Depresles fait partager l’idée d’accueillir le maquis à son père. Le 19 mai 1943, Georges Gavelle leur est présenté par Tilou Bavay. Il resta coucher chez Depresles dans une chambre de fortune aménagée au grenier pour les « passagers ». Au petit matin du 20 mai Lucien a réveillé Georges Gavelle pour descendre dans les bois des Champs au fond de la vallée du Douzenan. Le lieu était sûr du côté nord, protégé par le village des Champs sur le plateau. C’est ainsi que s’est décidé l’implantation Camp Hoche.

Lucien Depresles s’occupe alors du ravitaillement des maquisards, il va au Theil chez Gaston Faulconnier, à Lafeline chez Roger Fort ou encore à Besson chez Robert Joyon. De ses tournées, Lucien Depresles ramenait des légumes, quelquefois de la viande avec la tuerie du cochon. D’autres fois Lucien allait jusque chez Pelletier, à la coopérative à Saint Pourçain ; et là, avec pour mot de passe un point d’interrogation écrit dans la main, il rapportait un kilo 500 de viande ! Plus tard les maquisards se débrouilleront seuls avec les abattages clandestins dans les fermes des environs. Au village des Champs, les Berthomier et les Neuville participaient à l’approvisionnement du camp en volailles.

A l’approche de l’automne, quand le maquis a déménagé à Veauce, Gavelle et Huguet revenaient régulièrement aux Champs au ravitaillement.

Du légal au clandestin, en route vers le maquis Danielle Casanova

En octobre 1943, Lucien Depresles avait été chargé de récupérer Jean Burles, responsable national du PC clandestin après son évasion de la prison du PUY ; il le prend en charge au domaine des Planches à Lafeline chez les Tabutin et le ramène aux Champs où il est logé chez Alphonsine Neuville. Une semaine plus tard, c’est son frère Jean qui va convoyer Jean Burles jusqu’au Pont de Chazeuil en vélo pour le confier au responsable départemental du PC clandestin André Puyet avant de revenir à Meillard avec les deux vélos.

Lucien Depresles refuse de rejoindre les Chantiers de jeunesse ; début novembre 1943, trop exposé il va se cacher chez Francis Cognet aux Cantes à Cressanges. Il participe toujours au recrutement des FTP tout en travaillant à la ferme, clandestin sans carte d’alimentation…

Après l’arrestation de sa mère et de sa sœur le 21 mars 1944 Lucien repart chez Pinet-Morgand au Petit Bout puis chez Auberger à Tronget aux Bérauds pour un mois.

En ami de la famille, le père Claude Desforges de Saint Plaisir lui offre alors l’hospitalité. Lucien y retrouve un autre clandestin montluçonnais avant de rejoindre le maquis Danièle Casanova le 10 juillet. Il y retrouve les soixante-dix combattants installés à Renaudière d’où ils partent en opération dans tous les environs.

Tout nouvel arrivant, pendant le fameux périple du 14 Juillet, Lucien reste au camp avec Charles Léger (La Pipe) et son groupe d’une vingtaine de maquisards. Les autres sont partis sous le commandement de Jean-Louis Ameurlain afficher au grand jour des forces de la Résistance et mobiliser la population qui vient les voir défiler à Treban, Cressanges, Chatillon, Souvigny, Besson, Bresnay, Châtel de Neuvre et Meillard. Ça ne passe pas inaperçu…

Le lendemain dans un accrochage à Chapillière un soldat Allemand est abattu, un second s’échappe et donne l’alerte. Le soir même du 15 juillet, le camp est attaqué à la tombée de la nuit.

Les résistants, repoussés par les Allemands au carrefour de Chapillière sont pris en tenaille, et doivent évacuer le camp. Connaissant très bien le terrain, Lucien prend le commandement de l’opération. Avec les frères Aurembout il conduit ses camarades par des sentiers qui lui sont familiers dans les bois et à travers champ à l’abri des haies. Ils rejoignent le bois de Peuron au milieu de la nuit et y restent terrés jusqu’au lendemain soir. Ils arriveront à Besson au petit matin du 17 juillet dans les bois à l’abri à proximité du château avec la complicité bienveillante du Prince de Bourbon. Ils sont assoiffés et affamés ; dans le petit groupe de Lucien ils n’ont à partager qu’une maigre musette de ravitaillement pour huit.

La nuit suivante, Lucien Depresles est de garde dans l’allée en lisière du bois face à la route Bresnay-Cressanges quand il voit passer le long convoi des GMR et de la Milice qui s’éloigne vers Cressanges… Soulagement, ce n’est pas pour eux.

Ils allaient à la ferme de Villars à Noyant pour en déloger les maquisards du groupe Villechenon. Mais les mêmes allaient revenir et s’attaquer aux maquisards de Casanova à la mi-journée.

Le déséquilibre des forces imposait à nouveau de tenter une dispersion pour échapper à l’encerclement. Cette fois c’est par petits groupes de 7 ou 8 que les résistants s’enfuient.

Le groupe de Lucien Depresles part vers Cressanges, des Vernasseaux vers la route de Moulins. Ils remontent à I‘abri des haies sous le feu des GMR et profitent du couvert d’un champ d’avoine où les Barichards moissonnent. L’avoine les protège de la vue des assaillants mais au moindre mouvement qui faisait onduler la paille, les décharges de chevrotines pleuvaient… L’orage s’abat sur le champ d’avoine, vers 17 heures les forces de Vichy s’en vont, les résistants couchés dans les fonds des billons de cinq tours sont trempés jusqu’aux os ! Le groupe de Lucien, avec Georges Aurembout, trois ou quatre gars de Souvigny, et Jean Baptiste Frière pas très loin, accompagne Cussinet qui va faire soigner son pied criblé de chevrotines chez les Chalmin au Village à Cressanges où ils seront rejoints par une vingtaine d’autres pour se reposer après cinq nuits sans sommeil…

Les Allemands avaient pris le relai de la police de Vichy pour surveiller tous les environs. Pour leur échapper et partir de là, les Résistants se séparent en groupes de deux. Avec un autre, Lucien part en direction de Châtillon puis au Petit Bout, un lieu sûr pour dormir à l’abri dans la grange pendant deux jours. Cette halte a permis après un contact de voir arriver le père Francis Depresles qui ramena son fils et une demi-douzaine d’autres maquisards aux Champs, pour les cacher dans les bois pendant quelques jours.

Le 25 juillet Lucien Depresles et Louis Allègre, Lucien et Georges Aurembout, Jean-Baptiste Frière, Paul Létrillard et le parisien partent dans une maison des Cailles de Besson.

Deux jours plus tard le responsable du ravitaillement, Dory (qui sera fusillé à Saint-Yorre), est arrêté avec Jules et Albert Berthon. Quenisset et Véniat informent les fuyards qui reviennent jusqu’aux Champs. Ils n’en repartiront que le 14 août pour le Roc à Treban près de la ferme des Avignon où ils passeront le 15 août.

Avec Louis Allègre et Lucien Aurembout, Lucien Depresles va réquisitionner une voiture à Soupaize avant un rendez-vous au Pigeonnier où Burlaud et Sapin leur ont livré un camion pour rejoindre Coulandon le lendemain.

Avec ses camarades Lucien constituait une équipe volante, sans lieu d’attache fixe. Ils participent à une petite vingtaine à la rafle de la garde du pont Régemortes (huit soldats Allemands pris avec leurs armes). Opération réussie les maquisards reviennent à la carrière de Meillers, cantonnés sous les baraques de chantier de la carrière. Ils se dispersent ensuite dans les fermes des environs vers la forêt et l’étang. Ils y restent, en occupant le château des Salles, du 25 août jusqu’au 6 septembre pour participer à la libération de Moulins où ils  se cantonnent au Quartier Villars le premier soir où le commandant Brigand assure la défense de La Madeleine…

Le cantonnement se déplace ensuite à l’Ecole Normale au nord-est de la ville. Quand 70 combattants partent en renfort pour encercler les Allemands à Saint Pierre le Moutier Lucien participe à la récupération des armes des GMR en Sologne Bourbonnaise avec le commandant Brigand.

Après l’action clandestine Lucien s’engage dans l’armée de la Libération.

La plupart des maquisards ont signé leur engagement pour la durée de la guerre ; l’Etat-major FFI FTP avait organisé des formations pour les officiers et les sous-officiers à Châtel Guyon. En novembre 1944 Lucien Depresles y participe parmi les sous-officiers. Mais sa formation a été interrompue par deux mois de maladie suivis de deux mois de convalescence.

Le printemps 1945 verra la terrible épreuve du retour de déportation de sa mère qui n’y survivra guère en s’éteignant le 15 mai 45.

Lucien rejoint la caserne à Montluçon en juin 45 pour être envoyé 2 mois plus tard dans l’Est à Saint-Louis près de Bâle, où 3000 Allemands sont gardés prisonniers dans une ancienne usine de pièces d’aviation. Avec trois officiers et une vingtaine d’autres soldats Lucien sera leur gardien et c’est là qu’il sera démobilisé fin novembre 1945.

C’est le terme de cinq années terribles, partagé entre l’immense soulagement de la Libération et le chagrin immense à la pensée de celles et ceux qui, l’ayant payée de leur vie, n’ont pas pu la connaître.

Un « monde d’après »

Après, c’est le retour à la vie et au travail… et à l’engagement citoyen. Ce sera aussi le temps du « plus jamais ça », le temps de la transmission et de l’éducation.

Pas un héros… mais un homme, un citoyen, parmi tant d’autres pétris de convictions et de valeurs qui se consacrent au bien des autres… Il rejoint aujourd’hui le long cortège des Perot, Livernais, Berthomier, Bidet, Joyon, Bavay, Burlaud, Quenisset, Fort, Auberger, Faulconnier, Aurembout, Guichon, Miton, Allègre, Guillot, Raffestin, Tantot, Neuville, Tabutin, Marchais, Gavelle, Ameurlain, Chalmin, Godet, Dufaut, Pouzat, Bellien, Bonnot, Lanusse, Villatte, Ramos…

Lucien a travaillé pendant des années à la transmission de la mémoire de la Résistance auprès des plus jeunes générations. Aucun des jeunes passés par ici, Jeannine Dufour peut en témoigner pour l’avoir accompagné, aucun n’oubliera ces moments de découverte et de partage de la connaissance avec Lucien comme avec ses complices Robert Fallut ou Roger Vénuat… La valeur de ce qu’ils ont fait n’a eu d’égale que leur modestie.

La reconnaissance de ce parcours aura été bien tardive. Ce n’est que le 30 décembre 2016 que le nom de Lucien Depresles figurera au Journal Officiel de la République dans la liste des promus au grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur. C’était au terme d’une bonne vingtaine d’années de nos démarches que nous l’avions fêtée le 1er avril 2017…

C’est aussi grâce à la bienveillance exigeante de Lucien et de tous ses camarades fondateurs de l’ANACR que le relais a été pris ici naturellement par notre génération et qu’il sera bientôt repris par une autre pour continuer de faire vivre la mémoire et les valeurs de la Résistance sans qu’aucun d’entre eux ne soit jamais oublié.

Sans ces derniers grands témoins acteurs de la Résistance nous entrons dans un « monde d’après ». Le respect que nous devons à l’héritage mémoriel qu’ils nous laissent nous oblige à la poursuite persévérante du travail entrepris avec eux, pour donner à l’histoire une figure humaine et ouvrir aux jeunes générations la perspective des « Jours Heureux ».

Merci de bien vouloir nous excuser d’avoir été si longs. Mais c’est bien le moins que nous devions à la mémoire de Lucien Depresles, d’une de nos dernières figures de la Résistance populaire, de celle de notre terre bourbonnaise, de leur reconquête périlleuse de la paix, de la liberté et de la démocratie.

Ce soir le village des Champs s’endormira un peu comme orphelin d’une de ses racines ; mais nous allons tous repartir emportant avec nous le meilleur souvenir de Lucien, avec son sourire malicieux et un peu de ses espérances.

Merci Lucien.

Salut et fraternité, camarade.

Lucienne DEPRESLE

26 décembre 2019
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Une Résistante déportée dans la tourmente de la guerre

Sources « Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l’Allier » site Internet de l ‘AFMD 03 : www.afmd-allier.com
& témoignages familiaux.

Lucienne DEPRESLE

La famille de Lucienne est domiciliée au lieudit Les Champs à Meillard (Allier).

Résistante

Résistante communiste (pseudonyme Jeanne) au Front National pour l’Indépendance de la France elle ravitaille le Maquis Hoche installé à « La Pièce Plate » dans les bois de la vallée du Douzenan non loin de la ferme.
Comme tous les habitants du hameau des Champs Lucienne ne connaissait pas les Résistants installés dans leur camp de fortune dans la clairière de la Pièce Plate au fond de la vallée toute proche… Lorsqu’elle leur portait du ravitaillement, elle le déposait à l’abri sous un ponceau à mi-chemin entre la ferme et le camp. C’est là que les maquisards venaient le récupérer… Sauf au jour de Juillet où Lucienne avait cuisiné pour eux un gros lapin. Las quelques jours plus tard lors de son passage au ponceau, la marmite était toujours là, et le lapin avait souffert du soleil de juillet ! Du côté des légaux, on ne savait rien de la vie des clandestins tout proches et dont la sécurité était attachée à la discrétion.

Arrêtée

La police allemande qui recherche son fils Jean-Michel, membre des FFI, arrive à son domicile le 21 mars 1944. Ils semblaient bien renseignés en prétendant à juste titre que Jean était sorti en vélo la veille…
Ce jour-là Francis et ses deux fils Jean et Lucien, étaient occupés au travaux de champs non loin de la ferme.
Le boulanger, en tournée ce jour-là, avait garée sa voiture près de la mare au centre du hameau. Les Allemands commencèrent par jeter toute la cargaison de pain dans la mare avant de s’en prendre à Lucienne et Simone. Elle est frappée sauvagement, mais ne dit rien. N’ayant pas trouvé Jean-Michel les policiers arrêtent Lucienne et sa fille Simone ainsi que deux Marseillais Louis SIRICO et Vincent BUIGUEZ, réfractaires au STO réfugiés qui se cachaient chez les NEUVILLE, une des trois familles voisines des DEPRESLE au village des Champs.

Internée

Internée avec sa fille Simone à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (Allier), elle est ensuite transférée au Fort de Romainville, l’antichambre de la déportation pour les femmes en 1944.
Le Fort de Romainville au nord-est de Paris accueille d’abord des prisonniers de guerre et des otages, dont certains seront fusillés au Mont-Valérien ; puis, à partir de 1943 il deviendra un point de départ pour la déportation avant de finir en prison pour femmes en 1944.
Sa fille Simone, âgée de 15 ans et demi avait été libérée le 4 juin 1944 et avait rejoint son domicile familial au village des Champs à Meillard.

Déportée à Ravensbrück

Lucienne fait partie des 111 femmes déportées le 30 juin 1944 de Paris gare de l’Est à Sarrebruck dans des wagons de voyageurs dans le convoi N° I.235. Elles sont ensuite
transférées pour la plupart au camp de Ravensbrück où elles arriveront le 7 juillet. Lucienne y recevra le matricule 44708.

Sur 111 femmes de ce convoi, 52 vont rester à Ravensbrück mais 5 seront gazées et 3 libérées avant la date officielle.

Libérée

Lucienne fait partie des 301 femmes libérées le 9 avril 1945 par le Comité International de la Croix-Rouge en échange d’internés civils allemands renvoyés par la France le 7 avril.
Lucienne DEPRESLES a le numéro 132 sur la liste.
Les 301 femmes sont transférées en camion de Ravensbrück à Kreuzlingen à la frontière germano-suisse, avant de gagner Annemasse en train le 11 juin. Lucienne a été hospitalisée pendant 15 jours à Aix-les-Bains avant d’être rapatriée par sa famille.

Lucienne est dans un état d grand délabrement physique. Lorsque son marie et son fils Lucien la retrouvent à l’hôpital d’Aix les Bains, ils ne la reconnaissent pas parmi les deux femmes de la chambre… Les bons soins n’y feront rien, très affaiblie et rongée par l’infection, son seul soulagement viendra le 8 mai quand elle demandera qu’on ouvre la fenêtre de sa chambre pour qu’elle entende mieux les cloches battant à la volée pour célébrer la victoire.

« Morte pour la France »

Lucienne décéderas à son domicile à Meillard le 15 mai 1945.
Elle ne recevra sa carte de déportée résistante qu’à titre posthume le 14 février 1955.

Lucien DEPRESLE

20 décembre 2019
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Lucien DEPRESLE obtient le Certificat d’Etudes primaires en 1936. Il était sorti de l’école 50 jours avant ses treize ans, pour aider à la ferme où son père était malade.
Il travaillera dès sa sortie de l’école à la ferme familiale et dans quelques autres, d’abord en tant que salarié puis comme exploitant.
Parallèlement à son activité professionnelle, Lucien s’est beaucoup consacré aux activités associatives ; membre actif de l’ANACR et de la FNDIRP depuis l’origine dans l’immédiat après-guerre, il a ensuite été responsable local et départemental de l’ANACR (1970) et de la FNDIRP (1996), à l’AFMD depuis 2014. Il a aussi été membre titulaire du tribunal des Pensions Militaires de l’Allier de 2009 à 2011.
Militant politique, Lucien DEPRESLE a été élu municipal à Meillard conseiller municipal et maire adjoint de 1953 à 1963, puis maire de 1963 à 1989.
II participe chaque année, dans le cadre de parcours de mémoire, la visite commentée sur le site du maquis Hoche pour les collégiens du département ; et a souvent témoigné dans le cadre du concours national de la Résistance et de la déportation.
Lucien Depresle, jeune d’à peine 17 ans à la déclaration de la guerre, n’en est pas moins engagé dans une famille et un milieu qui ne supportent pas la capitulation et la collaboration pétainiste. La défense de la République et de ses valeurs, de la liberté et de l’indépendance de la France sont les moteurs de son engagement. Modestement, il dit souvent qu’il n’a rien fait d’autre que son devoir. Son rôle a cependant été important dans l’installation du premier maquis de l’Allier, le Camp Hoche, pour déterminer le lieu d’implantation et participer activement à son soutien logistique. Lucien Depresle a eu plus tard un rôle déterminant pour sauver l’ensemble des combattants du maquis Danièle Casanova qu’il avait rejoint le 10 juillet 1944 lorsqu’il permit à la quasi-totalité de ses camarades résistants d’échapper à l’encerclement dans l’attaque du 15 juillet à Renaudière ; sa parfaite connaissance des lieux lui avait permis de conduire l’évacuation avec succès. 

Cinq années d’une vie tourmentée

  1. De l’engagement à l’action
    Militant à I’UJARF (Union des Jeunesses Agricoles Républicaines de France) dès 1938, Lucien Depresle a adhéré au Parti Communiste clandestin en novembre 1941. Auprès d’Armand Berthomier (voisin au village des Champs) il participe au travail de réception et de diffusion de tracts et de journaux clandestins sur les communes de Meillard et Treban.
    Après l’arrestation d’Armand Berthomier en janvier 1942, Lucien et ses camarades sont sollicités par Roger Fort de Lafeline pour le cercle de la Jeunesse et par Francis Miton de Bresnay pour le PCF clandestin.
    Il poursuit avec eux le travail de propagande avec la distribution des tracts et des journaux. Lucien Depresle travaille aussi à la récupération des armes. Auprès de Tonio, un clandestin portugais qui travaillait avec Lucien à la ferme de Malfosse chez Jean-Louis Bidet et Francis Cognet, quelques paquets de tabac serviront de monnaie d’échange pour un premier révolver. Plus tard, en 1943, sachant que des armes récupérées par Fernand Thévenet à la débâcle avaient été transportées depuis chez Emilienne Bidet à Treban dans un chêne têtard dans un pré de Chapillière, Lucien Depresle les récupéra. Il y avait là, glissés dans la grosse branche creuse de l’arbre, sept fusils Lebel et un fusil mitrailleur modèle 24 modifié 1930. Lucien a confié les fusils Lebel aux combattants du Camp Hoche. Le fusil mitrailleur qu’ils trouvaient trop encombrant est tenu caché de mai 43 à avril 44 dans le tas de betteraves à la cave des Champs. Le tas diminuant au fil des jours, Lucien dut choisir une autre cachette ; il l’enterra dans une caisse en bas du champ près de la maison à 200 mètres du hameau. Edmond Petit qui connaissait la cache l’a ensuite fait parvenir au maquis de Saint-Eloi. Toutes les armes cachées n’avaient pas été reprises et utilisées, certaines ont été retrouvées plus de 20 ans après lors du remembrement avec l’abattage de vieux chênes têtards qui servaient de cache et qui ont alors délivré le secret de leur trésor de guerre !
  2. Un guide pour l’installation du Camp HOCHE
    À la suite nombreux contacts d’Edmond Civade avec Tilou Bavay, c’est le secteur de Meillard qui sera choisi pour l’implantation du camp qui devait accueillir les clandestins du groupe armé de Montluçon ville grossi des jeunes empêchés de partir dans le train de la réquisition du 6 janvier 1943. Pour donner suite à la sollicitation d’Edmond Civade, Lucien Depresle fait partager l’idée d’accueillir le maquis à son père Francis. Le 19 mai 1943, Georges Gavelle leur est présenté par Tilou Bavay. Georges Gavelle resta coucher à la ferme des Depresle dans une chambre de fortune aménagée au grenier pour les « passagers ».
    Tilou Bavay était un habitué du village des Champs depuis plusieurs mois ; il y venait rencontrer Edmond Petit qui travaillait chez les Berthomier à la ferme d’en-bas.
    Au petit matin du 20 mai Lucien Depresle a réveillé Georges Gavelle à 4 heures pour descendre dans les bois des Champs au fond de la vallée du Douzenan. Le lieu était sûr du côté nord, protégé par le village des Champs sur le plateau. Sans être aussi sures, côté sud, les fermes étaient tenues par des paysans qui ont su « tenir leur langue », même quand quelques signes laissaient supposer une présence au fond de la vallée.
    Cest ainsi que s’est décidé l’implantation du Camp Hoche (répertorié par le Général de la Barre de Nanteuil dans son Historique des Unités combattantes de la Résistance de l’Allier sous le nom de « maquis de Saint-Pourçain »).
    Georges Gavelle est resté chez les Depresle une bonne semaine pour vaquer à ses occupations de recrutement, en allant récupérer Joseph Huguet (dit Le Feu) à Bresnay par exemple.
    Lucien Depresle s’occupe alors du ravitaillement des maquisards, il va au Theil chez Gaston Faulconnier, à Lafeline chez Roger Fort ou encore à Besson chez Robert Joyon. Ce dernier fin juillet 43 avait eu un rendez-vous vers la Croix d’or… quand il y arriva au petit matin, la meule de céréales attendant la batteuse brûlait encore, des résistants, vraisemblablement un groupe de Bresnay, avaient ainsi puni des collaborateurs notoires.
    De ses tournées, Lucien Depresle ramenait des légumes, quelquefois de la viande quand la tuerie du cochon en offrait l’opportunité. D’autres fois Lucien allait jusque chez Pelletier, à la coopérative à Saint Pourçain ; et là, avec pour mot de passe un point d’interrogation écrit dans la main, il rapportait un kilo 500 de viande ! C’étaient les mauvais jours, quand Lucien y allait le lundi alors que l’approvisionnement ne se faisait que le mardi ! Plus tard les maquisards se débrouilleront seuls avec les abattages clandestins dans les fermes des environs et dont ils avaient connaissance. Les familles des Champs, Berthomier et Neuville participaient à l’approvisionnement du camp en volailles.
    A l’approche de l’automne, quand le maquis a déménagé à Veauce, Gavelle et Huguet revenaient régulièrement aux Champs au ravitaillement… au point de se faire repérer par la grand-mère qui avait remarqué les visites d’un « grand élégant » et d’un « petit La quatrième famille du village, elle, n’était au courant de rien.
  3. Du légal en soutien logistique à la clandestinité.
    Lucien Depresle est chargé de récupérer Jean Burles, responsable national du PC clandestin après son évasion de la prison du PUY ; il le prend en charge au domaine des Planches à Lafeline chez les Tabutin. Lucien le ramène aux Champs où il est logé chez Alphonsine Neuville.
    C’est son frère Jean qui va convoyer Jean Burles jusqu’au Pont de Chazeuil en vélo une semaine plus tard pour le confier au responsable départemental du PC clandestin André Puyet avant de revenir à Meillard avec les deux vélos.
    Lucien Depresle refuse de rejoindre les Chantiers de jeunesse dans le Lot et Garonne à Marmande où il est convoqué. Désormais trop exposé Lucien doit se protéger dans la clandestinité. II part se cacher chez Francis Cognet aux Cantes à Cressanges début novembre 1943.
    Lucien participe toujours au recrutement des FTP tout en travaillant à la ferme, clandestin sans carte d’alimentation… Certains contacts ne se concrétisent pas, Donjon à Monétay était déjà engagé, un autre hésitait.
    Après le 21 mars 1944 (arrestation de sa mère et de sa sœur) Lucien revient aux Champs puis repart chez Pinet-Morgand au Petit Bout. II restera ensuite 26 jours chez Auberger aux Bé rauds à Tronget.
    Le père Claude Desforges de Saint Plaisir lui offre alors l’hospitalité (il était lié d’amitié avec la famille Depresle par Gilbert Bidet -arrêté en 41, déporté à Buchenwald-, avec lequel il avait partagé un temps de la guerre de 14. C’est là-bas qu’un autre clandestin, dit l’Aigle, un montluçonnais venu se mettre au vert lui racontai comment il avait abattu le Chef de gare de Montluçon en l’attirant avec une femme…
    Cest là aussi qu’il continue à prendre des contacts, avant de rentrer au maquis Danièle Casa nova le 10 juillet. Il y retrouve les soixante-dix combattants installés à Renaudière et d’où ils partent en opération dans tous les environs.
    Quelques jours plus tard, tout nouvel arrivant, il reste au camp avec Charles Léger (La Pipe) et son groupe d’une vingtaine de maquisards pendant le fameux périple du 14 Juillet. Les autres sont partis sous le commandement de Jean-Louis Ameurlain avec un camion benne, un petit car offert au maquis par un entrepreneur de Bresnay, une traction et quelques autres voitures réquisitionnées. Les arrêts de Treban, Cressanges, Chatillon, Souvigny, Besson, Bresnay, Châtel de Neuvre et Meillard sont l’occasion d’un affichage au grand jour des forces de la Résistance et d’une mobilisation des populations qui viennent les voir défiler.
    Le lendemain un groupe de maquisards partait à Deux Chaises avec le petit car pour arrêter les membres d’un faux maquis qui réquisitionnait de force chez les habitants quand un accrochage se produisit à Chapillière. Alertés par le bruit, deux soldats allemands de garde au carrefour de Lafeline s’approchaient en vélo pour voir… « Sapin » se faufilant dans le fossé à l’abri de la haie a abattu un soldat Allemand… le second s’est échappé et a donné l’alerte.
    Les Résistants rentrent au camp ; mais le soir même du 15 juillet, le camp sera attaqué, à la tombée de la nuit.
    Les résistants sont repoussés au carrefour de Chapillière par les allemands armés de fusils mitrailleurs et de grenades offensives.
  4. Une évacuation à haut risque et une errance de cache en cache.
    Les balles passaient au-dessus de la maison de Renaudière… Georges Aurembout fait se replier le petit groupe qui tentait une sortie. Pris en tenaille, les maquisards devaient évacuer leur camp. Lucien Depresle connaissant fort bien le terrain, prend le commandement de l’opération. Il conduit la petite cinquantaine de combattants par les sentiers qui lui sont familiers dans le bois. Puis c’est à travers champ et à l’abri des haies qu’ils s’éloignent. Traversant la route de Saint-Pourçain avec d’infinies précautions, ils rejoignent les bois de Peuron au milieu de la nuit. Ils y restent terrés jusqu’au lendemain soir avant de partir pour Besson dans les bois du Château de Bost où ils arriveront au petit matin du 17 juillet. Les combattants du maquis Casanova avaient déjà passé quelques jours fin juin à proximité du château avec la complicité bienveillante du Prince de Bourbon. Les combattants sont assoiffés et affamés ; dans le petit groupe de Lucien ils n’ont à partager qu’une maigre musette de ravitaillement pour huit. A la Vivère, chez Periot, trois ou quatre avaient trouvé un peu de réconfort avec une soupe à l’oignon au matin.
    La nuit suivante, Lucien Depresle est de garde dans l’allée qui longe l’orée du bois face à la route Bresnay-Cressanges sur laquelle est passé le convoi des GMR et de la milice qui allaient à Noyant (ferme de Villars) pour y déloger au matin les maquisards du groupe Villechenon.
    A ce moment-là Lucien Depresle ne pensait pas plus que ses camarades que les mêmes allaient revenir et les attaquer à la mi-journée. Les GMR de Pétain longeaient la forêt de Bois-Plan, le soleil brillait sur les casques…
    Le déséquilibre des forces imposait la décision d’une dispersion pour échapper à l’encerclement.
    C’est par petits groupes de 7 ou 8 que les résistants s’enfuient.
    Le groupe de Lucien Depresle part vers Cressanges, des Vernasseaux vers la route de Moulins. Les maquisards remontent à I’abri des haies sous le feu des GMR. Ils profitent du couvert d’un champ d’avoine où les Barichards moissonnent. L’avoine les protège de la vue des assaillants ; nais au moindre mouvement qui faisait onduler l’avoine, les décharges de chevrotines pleuvaient… L’orage stabat sur le champ d’avoine, vers 17 heures les ordres des forces de Vichy s’en vont, les résistants couchés dans les fonds des billons de cinq tours sont trempés jusqu’aux os ! Le groupe de Lucien, avec Georges Aurembout, trois ou quatre gars de Souvigny, et Jean Baptiste Frière pas très loin, accompagne Cussinet qui va faire soigner son pied criblé de chevrotines chez Chalmin au Village…
    Les GMR ne quittent pas le chemin, c’est ce qui a sauvé les résistants dont les mitraillettes portaient au mieux à une vingtaine de mètres. Après être passés aux Gallards chez les Barichard, c’est une bonne vingtaine de plusieurs groupes qui vont trouver de quoi se réconforter au Village et dormir dans une maison abandonnée sur la paille à même le carrelage après cinq nuits sans sommeil.

Dès cette nuit les allemands avaient pris le relai de la police de Vichy pour surveiller tous les environs. Pour leur échapper et partir de là, les Résistants se séparent en groupes de deux. Avec un parisien originaire du Havre, Lucien part en direction de Châtillon puis au Petit Bout, un lieu sûr pour dormir à l’abri dans la grange pendant deux jours. Cette halte a permis après un contact de voir arriver le père Francis Depresle qui ramena son fils et une demi-douzaine d’autres maquisards aux Champs, pour les cacher dans les bois pendant une dizaine de jours.
Le 25 juillet un petit groupe part dans une maison aux Cailles de Besson (Lucien et Georges Aurembout, Jean-Baptiste Frière, Paul Létrillard, le parisien né au Havre, avec Lucien Depresle et Louis Allègre).
Deux jours plus tard le responsable du ravitaillement, Dory (qui sera fusillé à Saint-Yorre), est arrêté avec Jules et Albert Berthon. Quenisset et Véniat informent les fuyards qui reviennent jusqu’aux Champs. Ils n’en repartiront que le 14 août pour le Roc à Treban près de la ferme des Avignon où ils passeront le 15 août.
Avec Louis Allègre et Lucien Aurembout, Lucien Depresle va réquisitionner une voiture à Soupaize. Ils vont la cacher avant d’avoir à s’en servir quand ils devront rejoindre la région de Moulins.
Après un rendez-vous au Pigeonnier où Burlaud, et Sapin qui l’accompagnait en voiture, leur ont livré un camion, ils ont rejoint Coulandon le lendemain.
Avec ses camarades Lucien constituait une équipe volante, sans lieu d’attache fixe. Ils participent à une petite vingtaine à la rafle de la garde du pont Régemortes (huit soldats allemands pris avec leurs armes). Opération réussie les maquisards reviennent à la carrière de Meillers, cantonnés sous les baraques de chantier de la carrière. Ils se dispersent ensuite dans les fermes des environs vers la forêt et l’étang. Ils y restent, en occupant le château des Salles, du 25 août jusqu’au 6 septembre pour participer à la libération de Moulins.
Entrant dans Moulins après le départ des allemands, ils se cantonnent au Quartier Villars le premier soir où le commandant Brigand assure la défense de La Madeleine…
Le cantonnement se déplace ensuite à l’Ecole Normale au nord-est de la ville. C’est là que deux hommes d’un autre maquis sont venus chercher les 70 combattants en renfort pour encercler les Allemands à Saint Pierre le Moutier. Lucien avait dû rester au cantonnement.
L’Etat-Major des FFI-FTP regroupés avait ensuite commandé la récupération des armes des GMR cantonnés dans un château en Sologne Bourbonnaise ; Lucien Depresle participe à l’opération sous les ordres du commandant Brigand.

Le retour à l’action

De l’action clandestine à l’engagement dans l’armée de la Libération.
La plupart des maquisards ont signé leur engagement pour la durée de la guerre ; l’Etat-major FFI FTP avait installé des formations pour les officiers et les sous-officiers à Châtel Guyon. En novembre 1944 Lucien Depresle y participe parmi les sous-officiers. Après deux mois de maladie suivis de deux mois de convalescence, Lucien rentre à la caserne à Montluçon en Juin 45 sans tirer aucun bénéfice de sa formation. Il fera fonction de sous-officier sans en avoir officiellement le grade. Le 5 août 1945 le groupement de Montluçon quitte son casernement. Envoyés par groupes de 200 jusqu’à Colmar les soldats sont distribués dans les compagnies de garde de prisonniers. Lucien Depresle arrive ainsi à Saint-Louis près de Bâle, dans une ancienne usine de pièces d’aviation où 3000 allemands sont gardés prisonniers. Avec trois officiers et une vingtaine d’autres soldats Lucien sera leur gardien. Le rythme de 24 heures de garde pour 24 heures de repos s’impose faute d’effectifs suffisants.
C’est là que Lucien Depresle, faisant fonction de sergent-chef sans avoir vu son grade reconnu, sera démobilisé fin novembre 1945.

Commémoration du Camp Casanova

18 juillet 2022
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Cérémonie au Parc à Cressanges

Prise de parole

Merci à vous d’être présents, fidèles à nos rendez-vous de la mémoire de la Résistance.
Merci aux représentants des organisations patriotiques.
Merci aux porte-drapeaux.
Merci aux élus qui nous accompagnent dans la réalisation de nos missions.

Nous sommes le 17 juillet
Avant-hier après-midi, nous étions le 15, un peu fatigués mais tellement contents du grand périple célébrant notre 14 juillet en défilant dans toutes les communes du secteur sous les acclamations de la population ; passée la fête, retour au travail ! un groupe de maquisards part du camp à Renaudière vers Deux Chaises avec le petit car pour arrêter les membres d’un faux maquis qui réquisitionnait de force chez les habitants. Alertés par le bruit, deux soldats allemands de garde au carrefour de Lafeline s’approchent à vélo pour voir…  » Sapin  » se faufilant dans le fossé à l’abri de la haie abat un soldat Allemand… le second s’échappe et donne l’alerte.
Les Résistants rentrent au camp ; mais le soir même le camp est attaqué à la tombée de la nuit. Les résistants sont repoussés au carrefour de Chapillière par les Allemands armés de fusils mitrailleurs et de grenades offensives. Georges AUREMBOUT fait se replier le petit groupe qui tentait une sortie. Pris en tenaille, les maquisards devaient évacuer leur camp.
Lucien Depresle connaissant fort bien le terrain, prend le commandement de l’opération. Avec les frères Aurembout, Il conduit la petite cinquantaine de combattants par les sentiers qui lui sont familiers dans le bois, à travers champ et à l’abri des haies… Ils s’éloignent, traversant la route de Saint-Pourçain avec d’infinies précautions, ils rejoignent les bois de Peuron au milieu de la nuit. Ils y restent terrés toute la journée jusqu’à hier soir avant de partir pour Besson dans les bois du Château de Bost où ils sont arrivés ce matin.
Hier les représailles se sont abattues sur le secteur, neuf otages ont été raflés dans les fermes environnantes (un disparu, quatre envoyés au STO, deux emprisonnés à la Mal-Coiffée et quatre relâchés).
La nuit prochaine Lucien va prendre son poste de garde à l’orée du bois, surveillant la route de Besson à Cressanges…
La suite, c’est lui qui me l’a racontée cent fois…
Il faisait à peine jour au matin du 18 juillet quand une longue colonne de camions passa sur la route, sans s’arrêter !
« Ouf, ce n’est pas pour nous ! »
Mais il s’en faudra de quelques heures… Après avoir sévi à Noyant à la ferme de Villars qu’ils incendient pour en déloger le Groupe Villechenon, Miliciens et GMR viennent encercler les bois de Bost.
A moins d’un contre dix, le déséquilibre des forces est tel, qu’il impose la dispersion pour échapper à l’encerclement.
C’est par petits groupes de 7 ou 8 que les résistants s’enfuient. Marc BONNOT, René AUBER, Roger MAGNIERE et LARAME cherchent à rejoindre Cressanges à l’ouest où ils savent trouver de l’aide et de l’abri.
Le groupe se sépare ; AUBER et LARAME partent de leur côté mais René AUBER est fait prisonnier ; il va connaître la prison des Brosses et ses salles de torture.
Les miliciens ont assassiné Marc BONNOT d’une balle dans la tête près de la ferme du Parc où nous étions tout-à-l’heure et son compagnon Roger Magnière sera laissé dans un fossé grièvement blessé. Les GMR le ramasseront et le conduiront à l’hôpital de Moulins où il devra être amputé.
A l’Est des bois, en direction de Besson, Roger BELLIEN, caché derrière un boursiller d’érondes (un buisson de ronces), aperçoit un groupe de miliciens et de GMR à quelques dizaines de mètres sur le chemin près de la ferme de La Vivère. Il veut tirer, mais sa mitraillette s’enraye, et c’est suffisant pour qu’il soit repéré. Il a été abattu là à l’orée du bois en contrebas de la ferme de la Vivère…
C’était demain, le 18 juillet 1944.
Alors aussi et surtout Merci à Roger, à Marc, à Robert et à Lucien, à Jean-Marie, à Jean et à Marcelle, à Lucienne, Georges, Gilbert, à Louis, à Henri, à René et à Jean-Baptiste…
Merci à cette glorieuse multitude de tous les cœurs battants qui ont vaillamment contribué à vaincre la barbarie.
La Résistance, et l’histoire en atteste, a fait de la Libération la victoire du soulèvement populaire sans lequel celle de l’armada des armées alliées n’aurait pas sitôt rétabli la démocratie républicaine dans nos frontières.
La mémoire de la Résistance, comme celle de la Révolution Française, de la Commune de Paris et quelques autres, illustre la volonté populaire d’un monde libre, juste et fraternel, un monde de paix et de concorde entre les peuples. Son expression en est aujourd’hui d’autant plus impérieuse que la planète, et même l’univers quand l’espace est investi par le militaire, semble inexorablement soumis à la barbarie des guerres que beaucoup font aux autres par procuration et avec les armes de la misère et de la faim.
Gardons-nous des observations simplistes qui réduisent les affrontements au présent en occultant leurs causes proches ou plus lointaines. Les faiseurs de guerres sont aussi ceux qui en banalisent la présentation médiatique.
Nous ne sommes pas dans un monde sans grand-mères, et le même monde des milliardaires qui préféraient Hitler au Front Populaire continue d’agiter ses marionnettes ; les dernières échéances électorales en ont mis en scène la tragédie.
Avec l’ANACR, c’est au devoir de vigilance que je vous invite pour faire droit à la mémoire de la Résistance et au respect de l’engagement de celles et ceux qui l’ont trop souvent payé de leur vie notre reconquête de la démocratie républicaine.
Je vous invite malgré tout à terminer sur quelques notes d’espoir…
La plus improbable me direz-vous tout-à-l’heure : l’engagement des Résistants vaut encore aujourd’hui, et nous devrions le parachever en pensant la paix pour la faire, une paix qui se gagnera peut-être plus difficilement que toutes les guerres en bannissant l’arme nucléaire comme ont été bannies les armes chimiques, en proposant à nos enfants des classes de la Paix plutôt que des « classes défense », en faisant défiler, à Moscou comme à Paris plus d’infirmières et d’enseignants, d’ouvriers et de jardiniers que d’engins de la mort servis par leurs robots.
Deux notes d’espoir plus surement réalistes à court terme :
• Les routes du département verront sans doute d’ici quelques temps fleurir les jalons de la Résistance et d’autres mémoires en chemin.
• La rentrée prochaine nous verra amplifier nos actions en direction de la jeunesse autour de notre patrimoine mémoriel de la Résistance
Merci à celles et ceux qui font vivre notre association au quotidien, une belle équipe d’entêtés pour ceux qui la regarde de loin, mais qui de près je vous l’assure, cultivent plutôt la persévérance, le courage et l’opiniâtreté, la constance et la pugnacité, quelques qualités qui firent les valeurs de la Résistance et dont nous devons nourrir notre action.

Daniel LEVIEUX – le 17 juillet 2022

8 mai à Meillard

9 mai 2022
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Commémorations des Camps Hoche et Casanova

Le hasard du calendrier a voulu que cette année les cérémonies commémoratives des Camps Hoche et Casanova à Meillard se déroulent en même temps que les cérémonies habituelles du 8 mai : le public a dû se partager, ne serait-ce que pour les rendez-vous de la matinée.

stèle de La Pièce Plate – 8 mai 2022

Le public n’en fut pas moins nombreux pour descendre à la stèle de La pièce Plate ce dimanche matin. Une trentaine de participants s’y retrouvèrent pour une cérémonie particulièrement émouvante. Avec une pensée pour Lucien DEPRESLE, décédé en février dernier, c’est la plus jeune adhérente de notre comité local et de l’ANACR de l’Allier qui prit la parole au côté de Jeannine DUFOUR. Cette dernière avait l’âge d’Eline lorsque les Allemands ont arrêtée Lucienne Depresles et sa fille en mars 44 à Meillard…
Notre comité local se pose ainsi au carrefour du temps des créateurs que le temps nous a ravis et des générations nouvelles qui vont avoir leur patrimoine mémoriel en charge. Dans son intervention Eline a su transmettre ce qu’était l’inquiétude et l’attente de la jeunesse dans les turbulences du monde d’aujourd’hui.

En marge des cérémonies du 8 mai, le comité local de l’ANACR Meillard Le Montet a eu le plaisir d’accueillir un groupe d’Uralistes pour achever la découverte de notre itinéraire de Résistance entamé avec eux en septembre 2021. C’est ainsi que notre petite douzaine de side-caristes et motards a découvert l’histoire de Louis Lanusse à Tronget et celle des fusillées du Montcel à Saint-Sornin après avoir découvert le Momunent aux Morts pacifiste de Rocles…

La cérémonie de l’après-midi à la stèle de Chapillière a rassemblé un public important avec de nombreux élus et six porte-drapeaux… Les prises de parole ont eu lieu à la salle Lucienne Depresle avant que le verre de l’amitié prolonge les nombreux échanges noués par les participants. Les élus présents ont unanimement salué les efforts et la qualité du travail de l’association pour faire vivre le patrimoine mémoriel de la Résistance et les valeurs fondatrices de l’engagement des Résistants. L’investissement dans le projet des chemins de la mémoire rappelé par Christophe de Contenson qui le conduit dans le cadre de sa délégation à la mémoire au Conseil Départemental en est une illustration forte.

C’est également pour figurer l’évolution de notre association que la prise de parole de comité local s’est faite entre Jeannine DUFOUR et Eline LAURENT-PAROTIN, entre ce passé fondateur toujours présent et l’avenir qui s’ouvre avec un second passage de relai au terme de la période transitoire au cours de laquelle les Amis de la Résistance ont eu la chance de côtoyer les acteurs pendant plusieurs décennies…

Extrait de la prise de parole de l’ANACR

Casanova

8 avril 2022
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La mémoire de la Résistance en Bocage Bourbonnais veut que la création du Camp Danielle Casanova soit scellée le 6 juin 1944 à la ferme de Moladier où plus de 160 volontaires s’étaient rassemblés en répondant à l’appel des responsables FTPF du secteur.
De fait le maquis qui se constitue sous le commandement du Commandant Ameurlain regroupe des forces déjà actives sur le secteur de Moulins et du Bocage Bourbonnais avec Léger, Duffaut, Depresles…

Outre le nombre important de ses actions en 3 mois d’existence, la particularité de ce maquis résidera dans une mobilité à la fois dictée par ses engagements et par la pression des forces ennemies, aussi bien armée d’occupation que forces de Pétain qui déploient activement leur actions de répression dès lors que la libération se dessine pour sceller leur défaite.

Partis de la forêt de Moladier, le camp Danielle Casanova installera son Etat-Major dans un premier temps à Boisplan avant de rejoindre Meillard plus au sud au hameau de Renaudière (non loin de l’installation du Camp Hoche l’année précédente).

C’est de Meillard que partira le fameux périple du 14 juiillet 1944 qui verra l’essentiel des maquisards défiler dans les bourgs du secteur en libérateurs acclamés par la population (plus de 1000 à Souvigny). Cette initiative n’avait pas manqué d’attirer l’attention de l’armée Allemande et des forces de Pétain.

Délogés par une attaque allemande le 16 juillet au soir, les maquisards évacueront Renaudière sans perte sous la conduite de Lucien Depresles et des frères Aurembout qui connaissaient parfaitement les prés et les bois de la vallée du Douzenan. Seul André FERNAND qui, blessé, avait dû rester à la ferme de ses beaux-parents où il sera fait prisonnier le lendemain.

Une seconde attaque le surlendemain sera conduite par plus de 1200 GMR et miliciens qui ont encerclé les bois du château de Bost entre Cressanges (Le Parc) et Besson (La Vivère) dans l’après-midi du 18 juillet. Les résistants dispersé dans un premier temps se regrouperont sur le secteur de Meillers pour reprendre le combat jusqu’à la libération de Moulins le 6 septembre 1944…

Des informations figurant dans les notes des différents points d’intérêt relevés sur la carte sont issues de l’Historique des unités combattantes de la Résistance (1940-1944) établi en 1984 par le Gal de la Barre de Nanteuil. Ce dernier a exploité les données des dossiers déposés au service historique de l’Armée de Terre à Vincennes par les responsables de la Résistance dans les années d’après-guerre à des fins d’homologation. Ils peuvent incomplets et être entachés d’erreurs ou d’approximation liées à la fiabilité incertaine de souvenirs de transmissions orales. De ce fait ces informations peuvent différer d’autres figurant dans d’autres articles traitant du même sujet. La connaissance est une matière vivante ; pour s’approcher d’une vérité il faut bien étudier, rechercher, recouper et vérifier les sources tout en gardant un œil critique sur l’apparence des certitudes !

Nécrologie

23 février 2022
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Article proposé au journal La Montagne le 23 février 2022

Lucien DEPRESLES

Lucien DEPRESLES était né à Cressanges en 1923.

Il était sorti de l’école en 1936 avec le Certificat d’Etudes primaires pour aider à la ferme où son père était malade. Son engagement précoce dans la Résistance se poursuivra après guerre plus de trois quarts de siècle dans l’activité associative (ANACR, FNDIRP, AFMD, ARAC) et dans la vie politique locale.

Militant à l’UJARF dès 1938, il a adhéré au Parti Communiste clandestin en novembre 1941. Lucien DEPRESLES sera plus tard élu à Meillard conseiller municipal et maire adjoint de 1953 à 1963, puis maire de 1963 à 1989.

17 ans à peine à la déclaration de la guerre, Lucien est dans une famille qui ne supporte ni la capitulation ni la collaboration pétainiste. Modestement, il disait souvent qu’il n’a rien fait d’autre que son devoir ; mais c’est un engagement de tous les instants, combien risqué et courageux qu’il a partagé avec ses proches.

Avec Armand Berthomier, son voisin au village des Champs il distribue tracts des journaux clandestins dans les communes des environs et s’occupe de cacher les armes récupérées pendant la débâcle de l’armée française qu’il confiera plus tard aux maquisards du Camp Hoche. 

Le secteur de Meillard ayant été choisi pour accueillir les clandestins du groupe armé de Montluçon, c’est Lucien qui conduira Georges Gavelle dans les bois des Champs au fond de la vallée du Douzenan pour décider de l’implantation du Camp Hoche.

Lucien Depresles s’occupait aussi du ravitaillement. Début novembre 1943 réfractaire aux Chantiers de jeunesse, il entre en clandestinité et va de cachette en cachette avec quelques retours au village des Champs. Lors d’un de ses passages il avait assisté de loin avec son frère et son père, impuissant, à l’arrestation de sa mère et de sa sœur le 21 mars 1944.

Il avait rejoint le maquis Casanova le 10 juillet 44 à Renaudière. Lors de l’attaque du 15 juillet, il a sauvé ses camarades en les conduisant à travers champs et bois jusqu’à Besson où ils arrivèrent le 17 juillet à l’abri à proximité du château du Prince de Bourbon, assoiffés et affamés.

GMR et Milice attaquent les maquisards de Casanova le 18 juillet faisant deux morts et un blessé.

Echappant à l’encerclement, Lucien Depresles et ses camarades vivront des semaines d’errance dans les villages des environs pour se reformer et participer à la libération de Moulins.

Avec ses camarades, Lucien avait raflé la garde du pont Régemortes faisant huit soldats Allemands prisonniers avec leurs armes ; plus tard il a participé à la récupération des armes des GMR en Sologne Bourbonnaise avec le commandant Brigand.

Après l’action clandestine Lucien s’engage dans l’armée de la Libération.

Le printemps 1945 verra la terrible épreuve du retour de déportation de sa mère qui n’y survivra guère en s’éteignant le 15 mai 45. Envoyé dans l’Est il sera démobilisé fin novembre 1945.

Le « monde d’après » pour Lucien Depresles c’est le retour à la vie et au travail… et à l’engagement citoyen associatif et politique. Ce sera aussi le temps du « plus jamais ça », le temps du témoignage et de la transmission.

Lucien a travaillé pendant des années à la transmission de la mémoire de la Résistance auprès des plus jeunes générations avec sa voisine au village des Champs, Jeannine Dufour, et d’autres complices Robert Fallut ou Roger Vénuat… La valeur de ce qu’ils ont fait n’a eu d’égale que leur modestie.

La reconnaissance de ce parcours a été bien tardive. Promu le 30 décembre 2016 chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, Lucien Depresles a reçu sa distinction le 1er avril 2017 des mains de Jean-Claude Mairal.

Après les Joyon, Livernais et tant d’autres Lucien Depresles est un des derniers grands témoins acteurs de la Résistance que nous perdons. Au sein de l’ANACR, comme à l’AFMD le relais est pris pour poursuivre le travail entrepris à leurs côtés et continuer de faire vivre la mémoire et les valeurs de la Résistance sans qu’aucun d’entre eux ne soit jamais oublié et ouvrir aux jeunes générations la perspective des « Jours Heureux ».

La foule était nombreuse au cimetière de Meillard le 19 février dernier à repartir triste en partageant le souvenir de Lucien, de son sourire malicieux, mais aussi avec un peu de ses espérances.

Daniel Levieux
(président du comité local de l’ANACR Meillard-Le Montet)

Sous le coup d’un deuil

23 février 2022
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Lucien Depresles disparu, le comité local de l’ANACR Meillard-Le Montet vient de perdre son Président d’Honneur, et bien plus encore.

Hommages et drapeaux, Besson, Bresnay, Meillard, Cressanges ou Treban, Buxières et Hérisson… Depuis des années la longue litanie de ceux qui nous quittent n’a de cesse de se prolonger ; et ce serait faire offense à chacun que d’établir une hiérarchie dans l’importance des pertes. Celles et ceux qui nous ont quittés sont toutes et tous aussi irremplaçables ; ils sont tous partis en nous laissant dans la peine en emportant avec eux de nombreuses pièces du puzzle de la mémoire.

Triste et fatale habitude, à chaque fois, nous nous sentons tous un peu coupables de n’avoir pas passé assez de temps avec eux, de ne pas les avoir suffisamment mis à la question de notre curiosité… Cette malédiction de l’imperfection du souvenir transmis rend la douleur fatale. Mais il ne peut en être autrement.

Alors accommodons nous de l’héritage qu’ils nous laissent en tentant d’en être dignes.

L’association a l’âge de ses adhérents

Avec Lucien Depresles qui nous quitte, c’est une pièce maîtresse de la charpente de notre association qui disparait. Présent depuis son origine, et même bien avant dans la lutte dont l’idéal de la Résistance mobilisait les combattants, Lucien a connu tous les âges de la vie de l’ANACR. De l’Amicale des Anciens FTPF formée le 2 mars 1945 avant même que la guerre ne soit terminée, à l’insistance de Pierre Villon au congrès de Villejuif en 1952 pour que l’ANACR accueille l’ensemble des formations et réseaux pour devenir l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance Française (fondée par les anciens F.F.I-F.T.P.F.), pour faire l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR) en 1956 puis s’ouvrir aux Ami(e)s de la Résistance au congrès de Limoges en octobre 2006 ; notre association a vécu comme tous les corps vivants en grandissant, en murissant au fil des ans.

Localement, Lucien Depresles, avec tous ses camarades du comité de Meillard-Le Montet a conduit notre association sur le chemin de ces évolutions. Bien sûr, ici, la grande pluralité des parties de l’association n’était guère lisible, puisque l’organisation émanait d’une résistance fondée sur les bases d’engagements politiques et syndicaux resserrés autour du Parti Communiste Français avec le « Front national de Lutte pour la Libération et l’Indépendance de la France », de son organisation clandestine, de ses organisations de jeunes et de femmes.

Participant à la direction départementale de l’ANACR, mais aussi de la FNDIRP et de l’AFMD, Lucien n’a jamais ménagé ses efforts pour faire vivre la mémoire de la Résistance et de la Déportation qui lui avait ravi sa mère…

L’association a l’âge de ses adhérents ; mais, pour peu que le recrutement soit une préoccupation de tous les instants, le renouvellement de l’effectif conjure le vieillissement inéluctable de ses membres. Il maintient l’organisation dans l’âge mûr de son efficacité au travail, ni trop démunie avec des novices qui côtoient des anciens riches d’expérience, ni trop enkystée dans la routine en répondant aux attentes des plus jeunes qui aident à dépoussiérer des pratiques anciennes.

Le monde et les temps changent.

Il y avait aussi dans la pratique de Lucien cette forme de transversalité qui fait la cohérence d’un engagement quand tous les combats se nourrissent de convictions plus que d’intérêts.

L’émancipation populaire, la justice et le progrès social, le travail et le bien public… Lucien, élu comme Jean-Baptiste Bidet à Treban ou Robert Deternes à Tronget était de cette génération de la reconstruction ouvrière de la république, et qui avait le programme du Conseil National de la Résistance en livre de chevet pour ouvrir aux générations suivantes le calendrier des « Jours Heureux ».

Le temps a fait passer cette génération dont le témoignage direct est irremplaçable. Désormais nous entrons dans une nouvelle ère ; nous passons sur un autre versant qui préfigure le prochain passage de relai dans la mission de la préservation et de la valorisation du patrimoine mémoriel de la Résistance entre ceux qui ont côtoyé les « grands témoins » et la génération de ceux qui ne les auront connus qu’au travers du récit. Si la mission reste la même, les voies et moyens de son accomplissement devront s’adapter, ne serait-ce qu’intégrer leur absence et en compenser la perte.

Préserver

C’est l’univers des faits.

Il n’est désormais plus possible de recourir à la sollicitation des souvenirs dont l’expression directe des acteurs permettait tous les ajustements dans les échanges et les confrontations ; il faut maintenant en durcir les traces, les rassembler, les organiser, les mettre en forme, les objectiver. C’est ce qui nous fait passer de la mémoire à l’histoire dont le récit va fixer la connaissance à partager. Jadis l’écrit avait détrôné la transmission orale trop sujette aux interprétations transformatrices. Maintenant les supports se sont beaucoup diversifiés avec l’intégration des images et du son… L’ère du numérique a également ouvert de nouveaux horizons. Mais l’usage des différents « possibles » du moment ne doit pas faire oublier la nécessité de garantir la conservation dans le temps en adaptant constamment les supports.

Valoriser

C’est l’univers du sens.

Le second volet de la mission est sans doute le plus fragile et le plus délicat à mettre en œuvre. Il porte sur l’engagement et les valeurs qui le forgeaient. Il s’agit là du parti pris assumé de la continuité d’un combat dont les objectifs transcendent le temps. Les idées portées par la Résistance, la démocratie, les libertés politiques, les droits de l’homme, l’étaient à l’époque dans un contexte de reconquête face à l’adversité de la déferlante nazie et fasciste et des collaborationnistes qui l’accompagnaient. La victoire acquise à la Libération n’exonère pas pour autant de les défendre après et de les promouvoir dans de nouveaux contextes. C’est là que se construit la valorisation du patrimoine mémoriel de la Résistance exigeant de ceux qui en revendiquent l’héritage un engagement de même nature mis à jour au présent.

Animer et/ou conduire

C’est l’univers des acteurs.

Au-delà des personnes, c’est l’action qui compte et la mobilisation nécessaire à sa pérennité.

Pendant tout un demi-siècle d’après guerre l’équipe de l’ANACR est restée solide comme l’avait été la compagnie des Résistants. Certains plus discrets que d’autres mais tous unis par la même camaraderie.

Lucien a su assurer le passage du relai générationnel, un processus de première importance pour lui. Je me souviens de ses sollicitations pressantes que j’avais longtemps repoussées tant que l’association comptait une grande majorité d’anciens Résistants et qu’il était important de poursuivre encore le temps du compagnonnage indispensable à l’imprégnation des connaissances. C’est aussi le temps passé en parallèle qui permet de saisir au mieux ce qui peut bouger et ce qui doit rester, ce qui fait une transition en « haute fidélité » pour changer le monde sans changer de monde.

Entrer dans le monde d’après

« C’est avec la mort que commence l’immortalité »
Maximilien Robespierre

Paradoxale de prime abord, la maxime de Robespierre n’en est pas moins frappée au coin du bon sens. La mémoire ne cesse de ricocher en répliquant dans de nouvelles éclaboussures ce qui avait produit les faits et gestes d’une vie. La mémoire des hommes ne se propage guère autrement qu’au travers de la vie d’autres hommes qui vont laisser des traces, jalonnant indéfiniment le parcours des suivants.

Certains en ont fait des parcours de croyance.

Quant à nous, l’entretien et la transmission du patrimoine mémoriel de la Résistance nous invite à en faire un parcours de connaissance.

Chaque génération devra s’appliquer à conjuguer savoir, savoir-faire et savoir-être en ajoutant à l’outillage de ses prédécesseurs l’appareillage utile à l’accès de la suivante.

Monuments et commémorations, publications, manifestations, actions pédagogique, activités communes, présence numérique… toutes les formes accessibles doivent être exploitées et des démarches nouvelles entreprises en mobilisant de nouveaux acteurs sans s’interdire d’enrichir le cadre associatif de notre action dans des dispositifs plus ouverts et coopératifs.

C’est au pied de ce mur que nous sommes attendus en maçons de l’avenir de l’ANACR, en pensant toujours à Lucien et à tous les autres.

Daniel Levieux
Le 22-02-2022

Assemblée Générale 2022

24 janvier 2022
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Chatillon – salle Polyvalente – dimanche 23 janvier 2022 à 9 heures 30

Accueil et remerciements aux présents, élus, adhérents et équipe d’animation…
Invités et collectivités représentés :

Département de l’Allier(Christophe de Contenson, conseiller départemental délégué à la mémoire)
Canton de Souvigny et commune de Cressanges : Marie-Françoise Lacarin , conseillère départementale et maire
Commune de Chatillon : Roland Ozelle, maire adjoint
ANACR : Jacky Laplume, président départemental. et Josseline Laplume, secrétaire départementale.

Excusés :
Jean-Paul Dufrègne, député représenté par Jean-Marc Dumont (lui-même absent excusé)
Les maires de Monétay, Besson et Châtillon (ce dernier représenté par M Roland OZELLE, maire adjoint)
De nos adhérents, certains touchés par un deuil et quelques victimes directes ou indirectes de la Covid, cas contact, en attente de la reprogrammation d’une intervention chirurgicale déprogrammée, et certainement quelques autres retenus par l’inquiétude.

L’assistance a partagé ses pensées avec les anciens retenus en EHPAD, Lucien Depresle et André Tantot, qui, comme Marguerite Fauvergue, approchent du centenaire…

(suite…)

Fête de la mémoire

21 octobre 2021
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Ce mercredi soir du 20 octobre 2021, 146 jours après son départ, la foule était au rendez-vous avec la mémoire de Génia à la salle Gérard Philipe de Varennes-Vauzelles.

A l’invitation de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, du Parti Communiste Français, du Musée de la Résistance de Varennes-Vauzelles, des Amis de la Résistance et du Mouvement de la Paix, les amis de Génia se sont retrouvés pour une soirée-hommage à Génia Oboeuf.

Résistante, déportée, Génia était née le 10 décembre 1923 à Varsovie. D’origine russe -avec un père qui avait participé à la révolution bolchévique-, après la Pologne, sa famille avait émigré en Belgique. C’est là que la tourmente de la guerre les rattrapa. Réfugiés dans les Pyrénées, puis de retour à Bruxelles, c’est aussi là que les arrestations du père, puis de Génia et de sa mère, puis plus tard de son jeune frère scellèrent le sort tragique de la famille.

Seule Génia en était revenue après Auschwitz et des mois passés au Block 10 entre les mains des SS « médecins » et de leurs sordides expérimentations.

C’est aussi dans cet enfer qu’elle avait fait connaissance avec Aimé, un compagnon d’infortune qui deviendra son mari après qu’ils se seront retrouvés à la libération.

Dans sa famille de militants communistes et avec un mari tout autant engagé, Génia passa sa vie de survivante à passer l’histoire du martyre qu’elle avait vécu et pour la mémoire de la multitude de celles et ceux qui n’en sont jamais revenus. Engagée de tous les combats pour la paix, la liberté, la justice, elle puisait son énergie auprès de la jeunesse qu’elle rencontrait…

Avec Suzon nous avons apporté le témoignage bourbonnais à cet hommage.

Depuis le siècle dernier, c’est avec Robert Fallut que nous avions connu Génia et entretenu un brin d’amitié. Et on peut dire que les deux faisaient bien la paire ! Deux belles personnes… Le même engagement, le même martyre, la même vitalité, la même ardeur à témoigner, le même bonheur à les côtoyer pour durcir nos convictions au feu de leur histoire…

C’était une soirée d’une intensité émotionnelle exceptionnelle avec l’inoubliable…

Parmi les témoignages il nous faut retenir celui de son fils qui dit aussi que dans une famille unie et aimante, derrière une façade de grande bonté, de bienveillance et d’un optimisme communicatif, les démons de la captivité hantaient aussi ses nuits de douleurs inextinguibles…

Celui de ce prof d’histoire à qui un élève posait la question ces jours derniers « quand est-ce qu’elle revient la Dame ? » … Mais qui disait aussi que l’invitation à la soirée d’hommage était restée enfermée dans le bureau du chef d’établissement, sans doute au prétexte que le Parti Communiste figurait parmi les organisateurs de la soirée…

Celui de celle qui avait rencontré Génia il y a 20 ans alors qu’elle accompagnait un voyage au Struthof qui récompensait les lauréats du Concours de la Résistance et de la Déportation dont la jeune fille était… et qui quelques années plus tard est devenue professeur d’histoire !

Celui de Manu, un jeune Guinéen, qui avait côtoyé Génia en 2017 réfugié sans papier dans un cercle de silence avec par la CIMADE, et qui interpréta une chanson de sa composition au piano : « Génia, ma Génia, l’inoubliable » …

« Il faut mourir jeune, le plus tard possible »
Paul LANGEVIN

Génia l’avait écouté !

Juste, inspirée et inspirante, aussi bienveillante qu’exigeante à juste titre, lumineuse et clairvoyante, Génia était un monument d’humanité, de liberté, de fraternité. Elle n’avait d’égales que quelques rares belles personnes qui font des AUTRES leur première préoccupation.

Génia nous avait quittés le 27 mai… Journée Nationale de la Résistance. Tout un symbole !

Thierry Martinet a réalisé un film évoquant la vie et les engagements de Génia. Sa projection sera pour nous l’occasion de prolonger l’engagement de Génia que nous avons en partage dans une initiative mobilisatrice autour des projets de notre association. Nous aurons à cet occasion le plaisir de recevoir Liliane DEPRESLE, présidente de l’AFMD de la Nièvre et le réalisateur…