Cette page rassemble les éléments documentaires exploités dans le cadre de l’accompagnement de l’initiative « Rando mémoire USEP » par l’ANACR.
Ont été mobilisés pour l’édition 2026 de cette initiative :
– Mickaêl LAURENT pour la préparation et l’organisation
– Henri DIOT pour l’atelier « Banville »
– Jean-Paul RAFFESTIN pour l’atelier « Pont de Fer »
– Daniel LEVIEUX pour l’atelier « Pont Régemortes »
Ci-dessous document de présentation USEP
ATELIER LYCEE BANVILLE
Arrivés au lycée Banville, se rendre dans la cour d’honneur.
Juste après le porche, sur la gauche quand on arrive de la cour principale, se trouve cette plaque :
On va s’intéresser aux 3 derniers noms sur cette plaque. Ce sont les noms de 3 résistants fusillés au lycée lors des combats de la libération de Moulins. Quelques éléments pour comprendre cet évènement :
Dès le 21 août 1944, des combats opposent des Résistants aux forces allemandes du côté du quartier de La Madeleine (rive gauche de l’Allier). Le groupe de résistants occupent le quartier jusqu’au 3 septembre. Il y avait à La Madeleine un poste d’observation ; le 6 septembre il est occupé par deux hommes, Alexandre Durant et Martial Le Hen, qui sont faits prisonniers le 6 septembre et dont on retrouvera les cadavres, au Lycée Banville, au moment de la libération de la ville. Avec eux, il y avait aussi celui de Marcel Ferry, sans que l’on sache ce qui lui était arrivé (c’est surement pour cela qu’il n’est pas indiqué comme résistant sur la plaque).
Ces 3 noms figurent également sur le « monument aux fusillés », place des martyrs à La Madeleine.
Voici quelques informations concernant ces 3 résistants à proposer aux élèves :
Les sources de ces 3 fiches sont issues du site : https://fusilles-40-44.maitron.fr/
DURAND Alexandre [pseudonyme dans la résistance : Serdent]
Né le 9 mai 1922 à Paris-13e (Seine), exécuté le 6 septembre 1944 à Moulins (Allier) ; minotier ; membre des forces françaises de l’intérieur (FFI).
Alexandre Durand était minotier et habitait 6 boulevard Ledru Rollin à Moulins. Résistant au sein des FFI depuis une date inconnue, il aurait fait partie d’un groupe FFI de Souvigny (Allier).
Il a été tué lors des combats de la libération de Moulins (Allier). Le 6 septembre il a été capturé par les Allemands avec Martial Le Hen et exécuté au lycée Banville.
Il a été homologué FFI (Force Française de l’Intérieur) et DIR (Déporté et Interné Résistant) et déclaré « mort pour la France ». Il a été médaillé de l’Ordre de Libération à titre posthume par décret du 26 juin 1956 paru au Journal Officiel du 4 juillet 1956.
Ces homologations et distinctions sont importantes et « officielles ». Il fallait « prouver » ses actes de résistance pour être homologués (souvent grâce à des témoignages). D’ailleurs, on voit qu’elles datent de plusieurs années après la fin de la guerre.
LE HEN Martial, Guy [pseudonyme dans la résistance : Le Dur]
Né le 2 janvier 1925 à Chalette-sur-Loing (Loiret), exécuté le 6 septembre 1944 à Moulins (Allier) ; cordonnier ; résistant au sein des francs-tireurs et partisans (FTP).
Domicilié à Dijon (Côte-d’Or), cordonnier et célibataire, Martial Le Hen avait rejoint le 29 août 1944 le maquis FTP Casanova créé le 6 juin 1944 en forêt de Moladier, commune de Besson (Allier). Il avait le nom de guerre Le Dur.
A compter du 26 août, le maquis Casanova lança une opération pour chasser les Allemands de Moulins (Allier).
Le 6 septembre Martial Le Hen, alors qu’il surveillait les alentours du pont Régemortes à Moulins (Allier), fut capturé avec Alexandre Durand : tous deux furent exécutés par les Allemands au lycée Banville, rue de Paris.
Il a été homologué FFI.
FERRY Marcel, Georges
Né le 30 novembre 1914 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), exécuté le 6 septembre 1944 à Moulins (Allier) ; manœuvre ; résistant au sein des forces françaises de l’intérieur (FFI).
Marcel Ferry habitait 6 rue des frères à Moulins (Allier) où il était manœuvre. Il était célibataire.
Il rejoignit les FFI à une date qu’on ignore, avec le grade de soldat.
Il a été tué lors des combats de la libération de Moulins (Allier). Le 6 septembre il a été capturé par les Allemands et exécuté au lycée Banville.
Il a été homologué FFI et DIR et déclaré « mort pour la France ». Il a été médaillé de l’Ordre de Libération à titre posthume par décret du 26 juin 1956 paru au Journal Officiel du 4 juillet 1956.
Il faut expliquer aux élèves que ces 3 résistants ont été capturés et fusillés. Lors des combats de la Libération, il n’y avait pas d’ « emprisonnement », ni de procès ; mais les résistants arrêtés étaient fusillés sans jugement.
Possibilité d’échanger ensuite avec les élèves sur leur ressenti de cette « situation » (sous forme de bâton de parole par exemple).
Si besoin, voici quelques informations sur les autres noms figurants sur la même plaque ; il s’agit d’anciens élèves ou professeurs du lycée, victimes de la répression nazie :
Essentiellement, les sources des ces biographies sont le site http://www.afmd-allier.com/
RISPAL Charles
Né le 20 avril 1893 au lieu-dit Chazelles, commune de la Monselie (Cantal) ; mort en déportation à Hartheim (Autriche) le 31 juillet 1944 ; professeur à l’école pratique du lycée de Moulins (Allier) ; militant CGT ; franc-maçon ; résistant.
Charles Rispal fut mobilisé du 2 août 1914 au 29 août 1919. Il devint professeur en école primaire supérieur pour les élèves de 10 à 13 ans d’abord en Lozère (à Mende) jusqu’en 1931, puis dans l’Allier à Moulins, à l’école pratique annexée au Lycée Banville pour l’enseignement théorique. Il habita 86, rue de Lyon à Moulins. En 1939, professeur de l’enseignement technique, il fut adhérent à l’Union Locale CGT de Moulins. Charles Rispal fut aussi franc-maçon dignitaire du Grand Orient de France de la Loge Equerre à Moulins et de la Loge La Cosmopolite à Vichy.
Fin 1940, il s’engagea dans la Résistance, dans le réseau « Patriam Recuperare » où il fit du renseignement. Charles Rispal en fut le correspondant à Moulins. Le réseau « Patriam Recuperare » s’était rallié très tôt au Général De Gaulle.
Charles Rispal fut mis à la retraite d’office pour son appartenance à la franc-maçonnerie. Il devint alors représentant,
Charles Rispal fut arrêté sur dénonciation ; en raison de son appartenance à la franc-maçonnerie et « pour avoir tenu des propos imprudents », mais la police ne fit pas le lien avec ses activités de résistant. Il fut alors interné à la Malcoiffée, prison de Moulins, puis dirigé le 8 mars 1943 vers le camp de transit de Compiègne.
Il fut déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen où il arriva le 18. Il reçut le matricule n°26196. Après la quarantaine, il resta au camp central de Mauthausen jusqu’au 8 août 1943, date à laquelle il fut affecté au Kommando de Wiener-Neustadt, le 8 décembre, il fut renvoyé au camp central de Mauthausen puis emmené au Château d’Hartheim (Autriche) pour y être gazé le 31 juillet 1944.Une rue de Moulins porte son nom.
François, Louis Michel BAYET
Il est né le 24 mai 1926 à Paris (l6ème) de parents enseignants. Après avoir été élève au Lycée Montaigne à Paris, il passe l’année scolaire 1939-1940 au Lycée Banville avec ses deux sœurs, Jeanne et Claire.
L’année scolaire suivante, il entre au Lycée Louis-le-Grand. Il n’a pas accepté la défaite de 1940 et le 10 mars 1942, il quitte, seul, Paris et sa famille avec l’idée de rejoindre la France Libre et les Forces Françaises Combattantes en Afrique.
Il est arrêté à Port-Vendres et le procureur de la République le renvoie dans sa famille.
Nullement découragé, avec l’accord de ses parents, cette fois, il fait une préparation militaire clandestine et rejoint la Résistance Intérieure, plus précisément le Corps Franc Liberté, dès l’automne 1942. Il participe avec son groupe à diverses actions.
Le 10 juin 1944, lors d’une mission, il tombe dans une embuscade et est fait prisonnier par les Allemands à La Ferté-Saint-Aubin. D’abord interné à la prison d’Orléans, il est envoyé au camp de Compiègne.
Le 2 juillet 1944, il est déporté dans le convoi N ° 240 appelé « Train de la Mort» en raison du nombre élevé des décès survenus durant le voyage : au moins 530 hommes. Il arrive le 5 juillet à Dachau où il reçoit le matricule N° 77991. Il est ensuite transféré au camp de Neckargerach.
Le 19 décembre 1944, affaibli par le travail forcé et les privations, il est dirigé vers Vaihingen. Battu par un kapo, il y décède le 5 avril 1945.
François BAYET a reçu la médaille de la Résistance et la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile.
Robert Pierre POMARÈDE
Il est né le 28 juin 1920 à Maubeuge (Nord). Son père Emile est employé des Postes, sa mère Elvire est sans profession. Son père est nommé contrôleur-principal des Postes au bureau-gare de Moulins.
La famille arrive à Yzeure en 1937 et habite Rue du Champ Fromager selon l’attestation scolaire de Robert qui poursuit ses études au Lycée Banville à Moulins. En 1939 il échoue au Baccalauréat et s’engage alors dans l’armée.
Après avoir été démobilisé Robert entre d’abord aux P.T.T. comme « manipulant », puis dans la police. Devenu gardien de la paix il est nommé au Commissariat de Police du Creusot (Saône-et-Loire). Témoignage de Simone BOGARD, sœur de Robert :
« Robert supporte mal l’Occupation. Son allure volontiers provocante l’entraîne dans des escarmouches avec des officiers allemands. Gardien de la paix au Creusot il devient agent de liaison dans la Résistance. Le chef du maquis local est blessé au cours de son arrestation par la Gestapo, emmené à l’hôpital, puis à la prison du Creusot.
Robert et un de ses collègues organisent alors son évasion. Des camarades du maquis tabassent et ligotent les deux gardiens de la paix pour les couvrir. La libération maquillée en évasion semble réussie. Robert poursuit son engagement d’agent de liaison. Un mois plus tard il est arrêté et emprisonné à Chalon-sur-Saône. Sans jugement Robert est déporté. Pour ne pas avoir à travailler dans la carrière il se blesse volontairement au genou. Selon le témoignage d’un ami rescapé du camp il refuse de se soumettre. »
C’est au commissariat qu’il est arrêté par la Gestapo le 5 août 1944 ainsi que Louis SEMET, l’autre gardien de la paix. Ils sont accusés d’avoir « facilité l’évasion d’un maquisard arrêté par les Allemands » et sont internés à la prison de Chalon-sur-Saône, d’où ils en sont extraits le 26 août pour être conduits en camion militaire jusqu’à la gare de Dijon. Ils sont déportés à Natzweiler au camp du Struthof en Alsace annexée. Face à l’avance des troupes alliées, le camp du Struthof est évacué. Robert fait partie du premier convoi qui arrive à Dachau le 4 septembre. Là il travaille à la mine où se prépare l’installation d’une usine souterraine. Les conditions de travail sont très dures et l’immense majorité de ceux qui y sont affectés soit y décèdent soit sont transférés au camp mouroir de Vaihingen. C’est là que Robert POMARÈDE décède le 2 mars 1945 selon l’état civil de Maubeuge et le JO N° 299 du 27 décembre 2011.
Le corps de Robert fut retrouvé dans une fosse commune et identifié par la famille « grâce à une dent cassée et un phlegmon au genou » selon sa sœur.
Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 484628), il est homologué en tant que Résistant au titre de la R.I.F. (Résistance Intérieure Française) et des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance).
« Mort pour la France »
Georges Politzer
Il est né le 3 mai 1903 à Nagyvarad (Hongrie, devenue Oradea-Mare en Roumanie), fusillé comme otage le 23 mai 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; professeur agrégé de philosophie ; membre du Parti communiste depuis 1929 ; philosophe marxiste ; résistant du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France.
Ayant achevé ses études secondaires en 1921, il quitta la Hongrie pour Paris et s’inscrivit à la Sorbonne. En 1923, il réussit la licence de philosophie et l’année suivante soutint son diplôme d’études supérieures. Il fut naturalisé français en 1924. En 1925 , il enseigne la philosophie au lycée Banville.
Mobilisé en 1939, G. Politzer fut affecté comme caporal dans l’intendance à l’École militaire. Après sa démobilisation en août 1940, il fut, avec J. Solomon et J. Decour, à l’origine de la résistance universitaire et intellectuelle communiste, en lançant dès l’automne 1940 le périodique clandestin, l’Université libre, puis en février 1941 La Pensée libre.
Georges Politzer qui vivait sous de faux papiers aux noms de Jean Aguerre et de Destruges (archives du ministère des Anciens Combattants) fut arrêté le 15 février 1942, avec sa femme Maïe, à leur domicile rue de Grenelle, pour infraction à l’interdiction du Parti communiste. D’après le rapport de police cité par P. Durand dans son ouvrage sur Danielle Casanova, celle-ci, en relations étroites avec le couple Politzer, a été arrêtée, le même jour, dans l’escalier alors qu’elle se rendait à leur domicile. Les arrestations ont été effectuées par des inspecteurs de la Brigade spéciale (BS).
Remis aux autorités allemandes le 20 mars 1942, G. Politzer fut fusillé comme otage, le 23 mai 1942 au Mont-Valérien (Suresnes).
ATELIER HENRI RAFFESTIN
Il s’agit ici de travailler sur le parcours d’un résistant moulinois, Henri Raffestin. Se rendre au pont de Fer, côté rive droite. Pas loin, se trouvait l’usine Bardet, dans laquelle Henri Raffestin a travaillé.
L’activité est une activité de lecture : Henri Raffestin a raconté son histoire ; quelques extraits doivent être lus par un élève (ou plusieurs selon la difficulté). Chaque extrait peut être l’occasion d’échanges, de questionnements, …
L’intégralité du récit est à l’adresse suivante : https://www.calameo.com/read/000921618f1b3264fac4d
Extrait 1 :
C’est le mardi 18 Juin 1940 que les troupes allemandes sont rentrées à Moulins. J’avais à cette époque, tout juste 18 ans. Ce 18 Juin 1940, c’est aussi la date historique de l’appel du Général de Gaulle, depuis Londres. Mais il est probable que peu de moulinois l’ait entendu ; ce jour-là, ils avaient d’autres préoccupations.
Les jours précédents avaient été marqués par le lamentable spectacle de la cohorte de réfugiés où se mêlait civils et militaires fuyant devant l’armée allemande.
Pour ceux qui l’ont vécu ou vu, c’est un triste souvenir que la vision de ces hommes, femmes et enfants chargés de tout ce qu’ils pouvaient transporter, avec les moyens de transport les plus divers, mêlés aux soldats recherchant leur unité.
A partir du 17 au soir, plus aucune personne ne franchit le pont Régemortes. La ville semblait déserte. Au début de cette matinée du 18 Juin, il faisait très beau temps. Chacun s’attendait au pire, surtout que les vraies et fausses nouvelles se propageaient rapidement. C’est alors qu’une voiture radio sillonnant la ville, invita la population à rester chez elle, d’ouvrir les fenêtres et de fermer les volets. Le pont allait sauter.
Cela se produisit au début de l’après-midi et je ne l’ai appris que plus tard, l’explosion avait eu lieu en même temps qu’un side-car allemand, parti en éclaireur, s’engageait sur le pont. On put d’ailleurs le vérifier plusieurs jours après, en apercevant la carcasse de l’engin échouée sur le radier du pont. […]
Ce n’est qu’en fin de soirée que les gens s’enhardirent et, avec ceux de notre quartier, nous sommes descendus vers les berges de l’Allier. Il y régnait une grande effervescence et les Allemands, motorisés, y étaient nombreux. Ils réglaient la circulation, tout en laissant la population regarder les traces de leur bombardement. Ce que l’on voyait en tout premier lieu, c’était la brèche dans le pont causée par l’explosion ; une arche entière avait disparu On voyait aussi le rougeoiement de l’incendie qui ravageait la Brasserie de la Meuse ainsi qu’une partie du quartier Villars. Les gens étaient muets de stupeur ; des femmes pleuraient On sentait qu’ils ne pouvaient s’arracher à ce douloureux spectacle.
Alors que le crépuscule tombait, les Allemands nous invitèrent (sic) à rentrer chez nous, en indiquant que le couvre-feu était installé. Seules les personnes qui possédaient un laisser-passer délivré par la kommandantur, déjà en place, pouvaient circuler de nuit. C’est ainsi que se termina cette première journée d’occupation allemande à Moulins.
Dès le lendemain, les autorités allemandes mirent en place leurs services administratifs et le panorama de la ville changea. Des pancartes en lettres gothiques allemandes, indiquaient les édifices et les établissements publics. En même temps, les troupes du génie allemand avaient transformé le pont du chemin de fer en pont routier.
Extrait 2 :
C’est à ce moment que Je pris contact avec la Résistance, chez Bardet. Je connaissais des camarades de travail plus âgés que moi et qui m’avaient inspiré confiance avant d’être requis par les Allemands. Ils me dirent que l’essentiel pour le moment, était de ne pas être repris et que je serais contacté plus tard.
A la même époque, cela se passait dans notre cour commune, un voisin italien qui travaillait dans une petite entreprise de couverture et charpente nous alerta sur les dangers que nous risquions en restant à notre domicile. Je lui répondis que je ne savais où aller. Quelques jours plus tard, il me prévint de préparer ma musette en disant : « Demain, tu viens avec moi à Châtel de Neuvre ; tu seras nourri, logé et on ne te demandera rien d’autre que d’aider au travail. Tu peux avoir confiance dans les ouvriers de la boîte ».
Voilà comment, pendant un certain temps, j’ai pu me soustraire à la hantise d’être arrêté. Tai appris les rudiments d’un autre métier : couvreur et charpente. Il s’agissait de refaire toute la toiture d’un grand hôtel qui avait subi des dégâts lors de l’explosion du pont en 1940. La solidarité avec les ouvriers était réconfortante bien que la séparation soit encore là.
Malheureusement, le chantier fut terminé et les choses se compliquèrent de nouveau. Néanmoins, je restais avec l’équipe et c’est ainsi qu’il m’est arrivé de participer au ramonage des cheminées du quartier Villars de la Madeleine, à quelques centaines de mètres du poste de douane allemand. J’étais à grande hauteur et bien placé pour voir ce qui se passait. Cela dura jusqu’à la mi-septembre. Il n’était plus possible de continuer avec cette entreprise ; c’était risqué pour celle-ci, dont je ne connaissais pas le patron, ainsi que pour toute l’équipe qui continua de travailler en ville.
J’avais repris une certaine confiance mais le risque demeurait. C’est alors que ma femme eut une idée de planque qu’elle pensait bonne. Nous sommes allés rendre visite à un de ses oncles qui habitait à Saint Rémy en Rollat. Celui-ci était, si je me rappelle, secrétaire ou employé de mairie. Lorsque nous sommes arrivés, le brave homme était très content de nous recevoir. Nous avons passé la nuit chez lui mais le lendemain, il nous dit : « Mes pauvres enfants, je ne peux pas vous garder car votre présence dans cette petite commune serait vite remarquée et, de plus, la milice est ici presque tous les jours ; nous ne sommes qu’à 5 km de Vichy ! ».
Nous l’avons bien remercié de son accueil. Nous ne voulions pas le mettre en difficulté et nous sommes repartis. Quelques temps après, lors d’une reprise de contact avec les camarades de l’usine, ceux-ci me dirent : « Tu devrais te présenter à l’office de la main d’œuvre ; nous pensons que tu ne risques rien ». Je n’étais pas trop rassuré en me présentant au service des cartes du travail. Je me souviens avoir expliqué mon cas, sans bien entendu mentionner mon emploi du temps pendant cette assez longue période depuis mon retour d’Allemagne.
Extrait 3 :
C’est à partir de là que je participais véritablement à la Résistance. Celle-ci était particulièrement organisée à l’intérieur de l’entreprise, comportant plusieurs composantes dont notamment, les F.T.P.F (Franc Tireurs et Partisans Français), l’A.S (Armée Secrète), les M.U.R (Mouvement Uni de la Résistance) et aussi des éléments du PCF, du P.S. et même Témoignage Chrétien.
J’étais affecté à un groupe des MUR qui, avec les F.T.P.F et sous le couvert du Front National (le vrai !) menaient l’action à l’intérieur de l’entreprise en liaison avec le maquis. Les premiers jours, je dus respecter la consigne qui consistait à me tenir tranquille, c’est-à-dire de ne pas me faire remarquer. Mais cela ne dura pas très longtemps et bientôt, on me demanda de participer à des actes de sabotage.
Le sabotage consistait d’une part, à effectuer le plus possible de malfaçons sur les pièces destinées à l’industrie allemande. D’autre part, comme il s’agissait de pièces de précision pour l’aviation allemande (pour la même entreprise pour laquelle j’avais été requis en 1942) lorsqu’il y avait choc, automatiquement, des pièces allaient au rebut. Ce qui explique les incidents de parcours, fréquents, des chariots transportant ces pièces. Il y avait également, la remise en état des armes de récupération ; cela se passait sous la protection d’un groupe afin de ne pas éveiller la curiosité des cadres sur notre activité.
Les choses avaient changé. Les marches triomphantes de la Wehrmacht à l’Est se transformèrent en retraite. L’hiver 43-44 fut rude pour ceux-ci. En Afrique du Nord, Rommel et l’Afrikakorps furent contraints de se retirer. De plus, les Allemands furent obligés de mobiliser des moyens supplémentaires pour renforcer le mur de l’Atlantique devant la menace du débarquement. En même temps, en France, l’activité de la Résistance s’intensifiait.
A Moulins, il n’y avait plus de parade militaire allemande. 0n sentait l’évolution parmi la population, l’espoir renaissait dans l’attente du débarquement des alliés. Le sabotage s’amplifia, les explosions se multiplièrent contre les pylônes électriques provoquant des coupures de courant, des déraillements…etc.
C’est dans ce contexte qu’il m’est arrivé, pour la première fois, de participer à une opération extérieure à l’entreprise. Certes, ce n’était pas une action d’éclat mais sans doute une mise à l’épreuve que nos responsables avaient jugé nécessaire de nous assigner. Cela nous fut commandé dans les toilettes de l’usine où notre responsable nous remis un revolver 7.65 et un titre de réquisition pour des cartes d’alimentation que nous devions récupérer Claude B. et moi-même dans une petite commune avoisinante, opération effectuée à vélo.
Quand je me remémore cet acte, je ne me souviens pas lequel était le plus inquiet, moi-même ou le maire de cette localité que nous avions appréhendé. C’est ainsi, qu’il nous avoua presque son soulagement, ayant eu peur d’avoir affaire à deux miliciens. Il y eut d’autres actions analogues, mais je ne me souviens que de celle-ci comme étant la première à l’extérieur de l’entreprise.
Un autre fait revient à ma mémoire quelque peu défaillante sur la date. Était-ce avant le 6 juin ou après ? Je ne saurais le préciser. Ce fut le sabotage du transformateur de l’usine. Il fut organisé par la Résistance, par des camarades ayant une expérience du maniement des explosifs. Etant au courant, j’attendais dans la nuit le « boum », qui devait signaler la réussite de cette action. Habitant rue des Garceaux, je n’étais pas très loin de l’usine. Quand l’explosion eut lieu, je n’avais pas besoin d’autre point de repère.
Le lendemain matin, nous nous sommes rendus au travail comme si de rien n’était. Nous fûmes repoussés par un cordon de soldats allemands et nous dûmes attendre quelques instants avant d’être renvoyés chez nous. Cela avait retardé la production de 24 heures seulement mais l’effet était plutôt psychologique.
Extrait 4 :
[La libération de Moulins] n’intervint que le 6 Septembre alors que Paris était déjà libéré ainsi que toutes les autres villes du département. Mais, pour l’occupant, Moulins constituait le verrou stratégique pour permettre l’évacuation de ses troupes en retraite, ce qui n’empêchèrent pas 18000 soldats de se rendre, le 12 Septembre, près de Sancoins.
Les derniers jours d’Août et dès le 1er Septembre, toute activité était arrêtée sinon réduite à Moulins. Il n’y avait plus d’électricité, ni d’eau et les boulangers étaient fermés par manque de farine. Le dimanche 3 Septembre, des avions alliés mitraillèrent, le matin, des wagons au nord de la gare.
Je me souviens davantage de l’après-midi où avec un camarade nous avons eu la curiosité d’aller voir de plus près les agents allemands de la poste, au ponton près de la gare, qui préparaient leur évacuation. Nous avions remarqué qu’il leur fallait traverser les routes pour transporter leurs papiers et nous pensions qu’il serait peut-être possible de récupérer des armes qui devaient être entreposées dans un local annexe.
Alors que nous étions en observation, deux chasseurs alliés « piquèrent » sur la gare et mitraillèrent celle-ci. Il nous fallut nous carapater et nous planquer dans une cave. Après leur passage, alors que nous allions voir près de la gare, l’alerte fut donnée et, à plat ventre dans le jardin de la gare, civil et allemands assistèrent à l’explosion des citernes de carburant touchées par le mitraillage.
La journée du 4 septembre semblait se dérouler dans le calme lorsque, vers 17 heures, des explosions se succédèrent ; c’était un stock d’obus que les Allemands détruisaient à l’atelier de chargement. Cela dura jusqu’à 2 heures du matin. Le 5 Septembre fut la journée la plus tragique. On sentait que la libération de la ville était proche mais il y avait encore des mouvements d’occupants en retraite.
D’autre part, on savait que la ville était pratiquement encerclée par les forces de la Résistance, maquisards et groupes armés divers. Notre groupe avait été mis en état d’alerte et affecté aux avant-postes à l’intérieur de la ville pour le secteur du pont de fer jusqu’à la route de Lyon.
C’est là que j’appris, après l’accrochage qui avait eu lieu le matin, route de Montbeugny à Yzeure, avec les maquis, la mort de deux camarades : Jacques Vebret et Roger Bergeron, lâchement assassinés par les Allemands.
Ce fut un rude coup pour le moral. C’était avec eux que j’avais partagé une partie de mon adolescence avant le début de la guerre. Dans la même journée eut lieu la tragédie de La Madeleine. Nous n’en fûmes informés que très tard dans la soirée ou le lendemain matin.
Le 6 septembre, Moulins est libéré.
Dès la veille, nous avions pris des dispositions sur ordre de nos chefs de groupe, pour être prêts à rejoindre les unités des maquis afin d’investir la ville. Ce qui ne fut pas aussi simple que l’on peut penser car dès que les premières voitures et motos vinrent de La Madeleine, la foule envahie la ville. C’était une cohue indescriptible où se mêlaient civils et F.F.I de toutes formations. Je ne me souviens pas dans quelles conditions cela ne se fit ni comment nous nous sommes regroupés, mais ce fut une journée mémorable.
Un journaliste du journal Valmy l’a décrit avec beaucoup plus de talent que je ne saurai le faire. Ce dont je me souviens, c’est que le même soir, alors que nous avions été fêtés par la population, nous étions de garde à la Préfecture de l’Allier et, qu’entre deux tours de garde, j’ai dormi sur la moquette de la salle des séances du Conseil Général. Dès le matin à l’aube, nous étions mis en alerte pour prêter main forte au maquis, au nord du département sur la route de Dornes. On craignait un retour des Allemands, ce qui, heureusement, n’arriva pas. Cela avait fait le tour de la ville et les drapeaux et oriflammes avaient été retiré de peu. Enfin, l’alerte passée, de nouveau la liesse populaire se manifesta.
Les jours qui précédèrent, nous occupions le Lycée Banville avant d’être regroupés au quartier Taguin. C’était la caserne et la création du régiment de l’Allier où je fus, avec d’autres camarades, affecté au 4ème bataillon. On devait nous y apprendre le métier de soldat mais je n’étais guère enclin à la discipline militaire. De plus, ma situation familiale en souffrait. Aussi, lorsque l’on me demanda de m’engager le 9 décembre 1944, je refusai et fus rendu à la vie civile.
D’autres camarades de l’usine avaient réagi comme moi, d’autant plus que nous n’estimions guère certains galonnés, que nous surnommions les « naftalinards“, pensant, à juste titre, que leurs uniformes n’étaient sortis qu’à la libération. Ceux-là n’appréciaient sans doute pas ces maquisards ou résistants sortis du peuple et en lesquels ils n’avaient guère confiance. S’ils appréciaient leur solde, le baroud en Alsace ne les enthousiasma guère. C’est ainsi que le régiment se retrouva en Tunisie qui depuis longtemps, avait été libérée par les alliés et les FFL.
ATELIER LA MADELEINE
Se rendre au pont Régemortes, côté La Madeleine ; l’activité se fait au niveau du monument à côté de la Maison de la Rivière.
Finir avec la date du 6 septembre 1944 : faire découvrir aux élèves (si besoin) que c’est à cette date que la ville de Moulins est libérée
L’objectif, ensuite, est de travailler sur toute cette période à travers le parcours d’un résistant, René Duffaut. Les extraits suivants sont tous contenus dans un récit réalisé par le fils de René Duffaut à partir des témoignages de ce dernier.
René Duffaut est né en 1911. En septembre 1939, il est mobilisé.
Lire (ou faire lire) chaque extrait et ensuite échanger/expliquer en fonction des besoins/réactions des élèves. Il est également possible de résumer certains extraits (si besoin de gagner du temps)
Extrait 1 : Première bataille
Nous avons subi un encerclement qui durait huit jours. Les tirs d’obus allemands étaient continuels. Nous manquions de mortiers, nous n’avions pas de canons antichars, presque pas de munitions. De plus, notre situation géographique était très défavorable : nous étions dans une vallée. Nous avions, au fil des jours, de plus en plus l’impression d’être pris dans une souricière. Les blessés, dans nos rangs, commençaient à devenir plus nombreux, une impression de pagaille dominait dans nos rangs à cause des ordres et des contre-ordres qui se succédaient.
Au huitième jour, les casques verts des SS ont surgi, fusils mitrailleurs et Mausers en main. Presque simultanément nous avons laissé tomber nos fusils pour nous rendre. […]
Nous avons été sommés de nous placer les bras en l’air, le long d’un mur : une angoisse certaine nous a tous saisis.
Allions-nous être fusillés ?
Extrait 2 : Prisonnier de guerre
Nous avons repris le train pour rejoindre un camp de prisonniers situé entre Cologne et Bonn. L’amertume fut grande quand nos wagons ont été bombardés de cailloux par des gosses allemands : c’était le fruit de la propagande nazie.
J’étais dans le Stalag 6 G. Il y avait des prisonniers serbes, des prisonniers polonais avec nous. Nous étions trois mille. Comme j’étais toujours malade, je suis allé à l’infirmerie qui était bien pleine. Là, j’avais des conditions de vie plus humaines. Je pouvais manger des flocons d’avoine non sales, deux gamelles par jour. je couchais dans un lit et de plus la chambre était chauffée.
J’ai dû rester deux mois environ dans ce camp. Dès que je fus rétabli, j’ai travaillé au service de transport de marchandises alimentaires en gare de Bonn. Nous y allions à pied et le soir on couchait à cinquante dans un cinéma. Cela a duré trois ou quatre mois.
Extrait 3 : L’évasion
Dans la même baraque que la mienne, je sympathisais avec un gars de Marseille, un autre de Vichy et le dernier de Toulouse.
Nous avons projeté tous les 4 de nous évader en mettant toutes les chances de notre côté, en préparant donc minutieusement notre plan d’évasion. Pour ne pas travailler et donc ne pas me fatiguer, je me mettais une bande au pied que je gardais le plus propre possible pour faire croire à une blessure récente. Pour compléter l’apparence, je boitais en m’appuyant sur un morceau de bois qui me servait de canne.
De plus, pendant un mois, nous marchions dans le camp, deux heures tous les jours pour nous conserver en bonne forme physique. Pendant que nous travaillions à la gare, nous étions arrivés à subtiliser une pince coupante et du ravitaillement.
Dans les colis que nous recevions de France ou de la Croix Rouge, on trouvait des trésors que nous nous ingénions à détourner de leur usage primitif. Une boîte ronde de dentifrice servit de boitier pour confectionner une boussole. Une aiguille à repriser devint le pivot, l’aiguille de la boussole provenait d’une lame de rasoir. Cette aiguille fut frottée contre un aimant pour devenir aimantée. […]
A une heure du matin, on a coupé les barbelés qui faisaient bien deux mètres de haut. A la sortie du camp, on a coupé du grillage très tendu, on est passe au ras du sol, à quatre pattes. On a traversé un champ de seigle pour se rendre dans le bois le plus proche. Mais la nuit était si noire, que du bois on ne voyait plus le camp.
14 jours après son évasion, René revient à La Madeleine.
Extrait 4 : Entrée en Résistance
J’ai travaillé en forêt de Bagnolet où nous faisions de l’abattage. Nous débitions les troncs au passe-partout. Nous logions dans une voiture de cylindre que nous avions louée aux Ponts-et-Chaussées. Cela a duré 2 ans environ. A cette occasion, j’ai rencontré le père Léger (dit « La Pipe », son nom de maquis) qui travaillait aux Eaux-et- Forêts comme garde-forestier.
Ensuite, il m’a fait connaître un responsable des Francs-Tireurs Partisans de Paris. J’ai rejoint les trente résistants du secteur de Besson – Chemilly. Les réunions avaient lieu chez La Pipe ou chez moi. Un cheminot instructeur nous a enseigné les pratiques du sabotage.
Au début, notre travail consistait essentiellement à faire du recrutement.
Pour nos rencontres, nous mettions au point un code, un laissez-passer du genre : « Le champ est libre, les arbres sont dépouillés ». Tous les huit jours, on changeait de code pour éviter les infiltrations ennemies. La principale préoccupation des Français était, à cette époque-là, comment se nourrir, je m’occupais aussi d’une parcelle dans les jardins ouvriers de La Madeleine. Les Allemands, qui se rendaient au champ de tir de La Madeleine, passaient fréquemment devant chez moi. Lorsque les soupçons commencèrent à se préciser, j’ai décidé de prendre le maquis.
Devenu maquisard, René est appelé « Sapin », son nom de résistant.
Extrait 5 : Un sabotage à Moulins
Voilà une autre action qui a dû considérablement gêner les Allemands : l’atelier de chargement se trouvait à proximité de la voie ferrée, des civils y travaillaient. Quelques gardes allemands les protégeaient et assuraient une fouille minutieuse à l’entrée. J’ai passé le pont Régemortes avec mon vélo et mon cageot, en ayant pris soin de dissimuler le détonateur dans un bouquet de persil. Je l’ai ensuite passé à un résistant sédentaire qui l’a mis dans un sandwich pour le passer sans problème à la fouille d’entrée. L’explosion fut terrible, les moulinois qui l’ont vécue doivent s’en souvenir encore. Le hangar a été complètement soufflé ainsi que les toits de la ferme qui se trouvait à proximité du passage à niveau.
Extrait 6 : Sabotage de la voie ferrée
Deux cheminots nous avaient donné la clé de la boîte à outils pour dévisser les rails. Sous un tunnel, vers Noyant, sur la ligne qui conduisait à Montluçon, nous avons dévissé et déplacé légèrement les rails, puis placé plusieurs cartouches d’anciens fusils pour provoquer une explosion qui endommagerait durablement la voie.
Deux cents mètres avant le tunnel, nous avions placé un drapeau tricolore pour arrêter le train et un résistant se tenait sur le tunnel avec un fusil-mitrailleur.
Le train contenait cinquante personnes, nous les avons fait descendre du train. Deux Allemands n’ont pas voulu obtempérer : par une fenêtre, ils reçurent une grenade qui a dû les anéantir.
Nous avons donné l’ordre au chauffeur de lancer la locomotive à toute vapeur puis de sauter à temps. Le train dérailla comme prévu sous le tunnel, de la fumée sortait des deux bouts du tunnel.
Ça a dû être coton pour dégager tout ça, car sous un tunnel, pas question d’utiliser des grues pour tout soulever. Il faut tout découper au chalumeau en petits morceaux et tirer les morceaux un à un. Voilà une voie ferrée inutilisable pendant un bon moment.
Extrait 7 : Le drapeau Français
Voilà une autre action qui n’avait d’autre but que d’affaiblir psychologiquement l’armée allemande et de stimuler l’esprit de résistance. Madame Roche avait confectionné un drapeau français avec un drap entier.
Il avait été ajouté en grosses lettres HONNEUR et PATRIE Le maquis de passage.
Nous avions remarqué, de chaque côté du pont du côté Madeleine, deux pylônes à haute tension de trente mètres de haut environ. Cette partie n’était pas gardée par les Allemands.
Nous avons choisi une nuit noire et, à minuit, je suis monté, à l’aide des cornières du pylône, avec une pelote de ficelle autour du cou lestée d’une boule de plomb pour faire descendre ladite ficelle. Madame Roche avait ajouté deux anneaux ouverts pour accrocher le drapeau. Arrivé en haut du pylône, j’ai fait glisser le drapeau sur le fil neutre, j’ai laissé tomber la ficelle qui était attachée au premier anneau. Le père Léger s’est alors saisi du bout de la ficelle lestée et il a tiré la ficelle du drapeau pour qu’il se trouve au milieu du pont. Il l’a tirée délicatement, car nous l’avions fragilisée tout en haut, près de l’anneau, pour que, une fois le drapeau mis en place, d’un coup sec sur la ficelle, celle-ci se casse tout en haut pour éviter aux allemands de pouvoir manœuvrer le drapeau.
Notre joie fut grande le lendemain matin lorsque les Allemands défilèrent dessous.
De plus, n’ayant pas d’échelle assez grande, ils ont dû laisser le drapeau en place toute la journée.
Extrait 8 : Capture de la garde du pont
Nous étions venus à six en Traction à La Madeleine. Nous avons déposé quatre d’entre nous devant le local des Ponts et Chaussées qui devaient emprunter le sentier conduisant derrière le bureau d’octroi gardé par les Allemands.
Pour ma part, je décidais d’attaquer le poste simultanément par devant.
A deux donc… J’ai conduit jusqu’à la barrière qui marquait la frontière entre zone occupée et zone libre.
Le soldat allemand, de faction, long fusil à l’épaule, m’a sommé de montrer mes papiers.
Je suis descendu de voiture, je me suis approché de lui de manière qu’il soit dans l’impossibilité de se servir de son flingue et, faisant mine de chercher mes papiers dans la poche intérieure de mon blouson, j’ai sorti rapidement un revolver que j’ai tout de suite placé tout près de la poitrine du soldat.
Il s’est empressé de laisser tomber son arme. Les autres allemands en firent autant sauf un qui s’enfuit en courant sur le pont Régemortes dans la direction de Moulins. Une rafale de fusil-mitrailleur stoppa nette sa fuite.
Pour réussir pleinement l’opération, il fallait agir vite. Nous avions planqué un car pour embarquer rapidement les 6 prisonniers allemands et le blessé. Nous avons pris la direction de Souvigny pour trouver un toubib afin de soigner le blessé. Le docteur, dans un premier temps, refusa de l’opérer. S’il ne coopérait pas, nous étions décidés à l’emmener avec nous. Il se ravisa donc et il ne mit pas plus d’un quart d’heure pour extraire les trois balles que l’Allemand avait reçues dans les jambes.
Puis nous nous sommes rendus à la mine de Buxières les Mines. Nous avons confié nos prisonniers aux mineurs. J’oubliais que, pour retarder une éventuelle intervention des Allemands, nous avions fait baisser la barrière du passage à niveau de la route de CLERMONT.
Extrait 9 : La libération de Moulins
Le jour de la libération de Moulins, nous nous sommes rendus en voiture à la préfecture où nous avons délégué un groupe de résistants pour rencontrer le préfet. Les drapeaux tricolores fleurissaient aux fenêtres. Les gens descendaient dans la rue, de plus en plus nombreux.
C’était l’allégresse générale.
Certains arboraient ostensiblement des brassards FFI alors que nous ignorions quelles actions de résistance ils avaient pu faire. C’étaient certainement des résistants de dernière heure.
Soudain la rumeur se propageait. Les Allemands revenaient. Pour nous résistants, cette rumeur ne fut pas prise au sérieux.
L’intégralité du récit de René Duffaut peut être trouvé à l’adresse suivante : https://www.calameo.com/read/000921618318f33174e8d?page=1











