à la mémoire du camp Hoche

17 mai 2026

Ce dimanche 10 mai 2026, les cérémonies commémoratives du camp Hoche n’avaient pas mobilisé la foule… A l’image des premiers résistants FTP arrivés en mai 1943 dans les bois des Champs pour installer leur camp dans la clairière de La Pièce Plate, les candidats à la descente au fond de la vallée du Douzenan n’étaient guère nombreux, fidèles cependant à cet hommage singulier et tout aussi déterminés à incarner les valeurs fondatrices de l’engagement des résistants dans les pas desquels ils mettent leurs bottes.

Faustine et Eline Laurent-Parotin, nos deux plus jeunes adhérentes symbolisaient bien là le refus de l’abandon et de l’oubli.

L’engagement de la jeunesse fait ricocher l’histoire

Cette année, c’est Eline qui a pris la parole devant la stèle de La Pièce Plate ; et, contrairement à ce que quelque esprit chagrin pourrait imaginer, notre jeune étudiante n’avait pas eu besoin du renfort de son père coprésident de notre comité local en charge du secteur jeunesse et pédagogie, ni d’une IA pour nous faire partager le sens du passé dans le présent de sa jeunesse… tout comme sa jeune sÅ“ur collégienne l’avait fait l’an passé, elle qui, cette année, vient d’être brillamment reçue lauréate du Concours National de la Résistance et de la Déportation dans l’Allier !

Après-midi, la cérémonie à la stèle de Chapillière s’est jouée d’un ciel capricieux pour s’achever à la salle Lucienne Depresle autour d’un verre de l’amitié.

Bonjour à toutes et à tous et merci pour votre présence aujourd’hui.
Si nous sommes réunis devant cette stèle, c’est pour honorer la mémoire des combattants du camp Hoche. Des hommes ordinaires qui, à un moment donné, ont refusé l’inacceptable. Ils ont choisi de s’engager, malgré les risques, malgré la peur, pour défendre des valeurs qui dépassaient leur propre vie.

En étant-ici aujourd’hui, je m’interroge : aurions-nous eu leur courage ? Aurions-nous osé dire non et mettre notre vie en péril pour des valeurs communes ?
Parce qu’aujourd’hui leur engagement nous impressionne, il nous interroge aussi parfois. Pourtant, il nous est encore trop souvent présenté presque comme une évidence. Comme s’il était logique que des hommes et des femmes, pas si différents de nous, aient osé et aient su dire non là où il aurait été bien plus facile de se taire et de ne pas agir.

Mais justement, rien n’était simple.

S’opposer, c’est accepter de se mettre en danger, de se mettre à l’écart et de parfois perdre bien plus que ce que l’on imagine aujourd’hui. Mais s’opposer, c’est aussi et surtout tout faire pour défendre des valeurs essentielles, des droits fondamentaux sans lesquelles nous ne nous verrions pas vivre aujourd’hui. C’est peut-être cela qui rend leur engagement parfois difficile à saisir pour nos sociétés actuelles. Parce que, dans nos vies, les choix que nous avons à faire sont bien souvent beaucoup moins radicaux et moins visibles.
Pourtant, au fond, la question reste la même : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour défendre ce qui nous paraît juste et fondamental ? Sommes-nous aujourd’hui capables, à notre échelle, de refuser l’injustice, même quand cela dérange, même quand cela nous expose et même quand il serait bien plus simple, pour certains, de simplement détourner le regard ?

Nous ne vivons pas la même époque, et heureusement. Mais cela ne signifie pas pour autant que tout est définitivement acquis, loin de là.
Aujourd’hui encore, certaines valeurs que l’on pensait évidentes semblent de plus en plus fragilisées. Des tensions réapparaissent et toujours plus fortes. Des discours de rejet, d’exclusion et même de haine trouvent à nouveau écho et sont trop souvent et trop largement banalisés. Et face à cela, le risque ce n’est pas que la violence, le risque c’est surtout l’indifférence, c’est de ne rien dire, de faire comme si tout était normal. L’inquiétude, c’est celle quand on voit le poids croissant d’idéologies qui remettent en cause l’égalité, la liberté et le respect de chacun dans nos sociétés actuelles, dans notre pays.
L’histoire nous rappelle une chose essentielle : rien ne disparaît vraiment si l’on cesse seulement d’y prêter attention.

Alors, l’engagement de ces résistants ne nous parle pas seulement du passé mais il nous concerne ici et maintenant.

Il nous rappelle que la liberté, la dignité, le respect, la justice, tant de valeurs et de droits fondamentaux, ne tiennent jamais à eux-mêmes. Ils dépendent de notre vigilance, de nos choix et de notre capacité à ne pas détourner le regard.
Leur combat ne nous demande pas d’être des héros mais il nous demande, à notre tour, de ne pas céder à la facilité, de ne pas banaliser l’inacceptable et de rester fidèles, chacun à notre échelle, à ce qui fait notre humanité.
Se souvenir, ce n’est pas seulement honorer leur mémoire mais c’est aussi faire en sorte que leur engagement perdure face aux dangers auxquels on fait face aujourd’hui.

Leur mémoire ne protège pas du pire, mais elle nous rappelle que nous sommes décisionnaires, que nous avons toujours le choix de dire non ou de se taire.

Nous nous retrouvons aujourd’hui au chevet des mémoires du camp Hoche et du Camp Danielle Casanova.
Le premier était né avec les ouvriers montluçonnais, pour beaucoup réfugiés. Militants antifascistes de la CGT et du Parti communiste, ils étaient à l’origine du Groupe armé de Montluçon Ville et organisateurs de la manifestation du 6 janvier 1943 qui empêcha le départ d’un train de travailleurs requis pour l’Allemagne.
Le second avait éclos avec le débarquement alliés en Normandie le 6 juin 1944, bien longtemps après que l’Armée Rouge ait renversé l’ordre des choses sur le front de l’Est à Stalingrad en février 1943, et après que le CNR ait accompli son œuvre unificatrice sous la conduite de Jean Moulin…

C’était hier.
Il n’y a pas d’hier sans avant-hier.

La double adversité faite à la Résistance, des fascismes -du nazisme en particulier- et de leurs complices, se dessinait déjà en Europe avec l’installation de Mussolini en Italie, l’accession au pouvoir d’Hitler (et la combinaison de leur soutien à l’assaut de Franco contre la République espagnole), mais aussi en France avec la progression des ligues factieuses jusqu’à leur tentative avortée du 6 février 1934 à laquelle Pétain allait offrir quelques années plus tard la funeste opportunité de la collaboration.
De l’autre côté, le jeu démocratique des élections avaient conduit à la victoire des Fronts Populaires en Espagne en février 36 et trois mois plus tard en France… L’unité des forces progressistes ouvrait alors la voie au dépassement des crises sociales, économiques, morales et politiques. L’engagement des Brigades Internationales en scellait alors la dimension antifasciste à l’échelle européenne.
Si peu d’années après, une défaite, une débâcle et une capitulation revancharde plus tard, la France Résistante s’organisait, intérieure comme extérieure…

Ici, le Camp Hoche préfigurait le Camp Casanova ; semblables et différents à l’origine, des moyens différents au service d’une même intention, l’un poursuivant l’œuvre de l’autre. Tous deux ont semé sur nos terres le bon grain de la reconquête de la démocratie républicaine… Le fil rouge des deux camps au sein de la belle communauté du village des Champs, c’était Lucien Depresle, installateur du premier et combattant du second. Sa mémoire plane encore à l’ombre de la grange, au bord du Douzenan, quand celle de sa mère et de sa sÅ“ur hante toujours les murs de la Mal Coiffée… Puis, pendant des années Lucien et ses camarades ont poursuivi en édiles leur chemin de résistance.

Comment peut-on imaginer qu’en accueillant comme Henri Diot et Jean-Paul Raffestin l’ont fait avec moi, plus de 80 écoliers de la Loire et de Chevagnes pour les randonnées mémoire de l’USEP, comment peut-on imaginer qu’encore à nouveau cette année le Pont Régemortes murmure sa ligne de démarcation balafrant la cité ?  

Il n’y a pas de demain sans après-demain.

Robert Jackson disait à la clôture du procès de Nuremberg : « Ce qui constitue l’importance de ce procès, c’est que ces prisonniers représentent des influences sinistres qui se dissimuleront par le monde, bien longtemps après qu’eux mêmes seront retournés en poussière. Â»

Ce que Bertolt Brecht écrivait autrement « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » …

L’un comme l’autre soulignait cet impératif de vigilance pour que, la communauté du monde ayant pris conscience du danger et de sa persistance, se dote de l’institution protectrice de l’ONU.

Les juges de Nuremberg et des autres procès avaient posé les bases d’un droit international et fondé la notion de crime contre l’humanité… Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Alors que l’article 2§4 de la Charte des Nations Unies condamne le recours à la force dans les relations internationales, Qu’en est-il avec l’agression russe en Ukraine, les opérations militaires à Gaza, au Vénézuéla avec l’enlèvement d’un chef d’État en exercice et sa détention sur le sol américain, et en Iran avec l’attaque américaine et israélienne contre Téhéran, l’asphyxie de Cuba sous blocus américain…

Que reste-t-il de l’ONU, de ses valeurs et de ses garanties, quand les plus grands états s’en affranchissent comme Hitler s’était affranchi de la SDN en son temps ?

Et Aujourd’hui serait sans avant ni après ?

Parlez-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse… et je ne parle pas des échéances électorales d’hier ou de demain !
Ce monde est sans grand-mère, sans avenir à défaut d’enfants, ou sans enfants faute d’avenir…

L’étranglement du temps dans le pilonnage incessant d’informations disparates interdit de s’entendre, de se comprendre pour faire société. L’escalade des ego, le pugilat médiatique de prétendues élites, prennent le pas sur la confrontation des idées. La banalisation de la violence dans un premier temps conduira naturellement aux mesures liberticides et au consentement béat préfigurant la suite… Panurge n’est pas qu’un mythe !

Il faut y résister sans craindre de démasquer les rejetons cagoulés de la cagoule.

Dans le monde actuel, tout est fait pour emprisonner les gens dans leur immédiat, toujours au plus vite, oubliant dans l’instant celui d’avant, toujours plus seul addict à sa propre image et seulement partagé entre « l’autre supportable Â» de leur selfie et « l’autre insupportable Â» voué aux gémonies des réseaux sociaux.
Ce n’est pas cet aujourd’hui de la fracture qui nous réunit là. C’est un aujourd’hui du relais, de la transmission, un aujourd’hui proposant une nouvelle conjugaison dans laquelle le JE s’imposera pour l’engagement et la prise de responsabilité… une nouvelle conjugaison dans laquelle le NOUS passera singulièrement à la première personne de la société… une nouvelle conjugaison dans laquelle la troisième personne ne sera que l’absence, de toi ou moi qui n’est pas là… mais jamais l’autre étranger banni de la vue et de l’esprit… une nouvelle conjugaison de la concorde et de la fraternité.

L’engagement des combattants de Hoche et Casanova nous est légué en héritage sur ce modèle. Nous y sommes liés pour le faire vivre et le transmettre.
Aujourd’hui, pétris du même idéal, c’est dans un autre cadre, dans un autre temps, et avec d’autres moyens, que nous avons maintenant à combattre le même mal, ce fascisme d’hier renaissant aujourd’hui par la voie des élections comme Hitler en 1933 sous les auspices funestes de démocrates de pacotille.

Mémoire

Les survivants nous ont confié leur parole, mais la mémoire est toujours à la merci de l’oubli.
Ce que disait Germaine Tillion dans son récit du procès de Ravensbrück : « il ne reste que le témoignage des survivants. Le modeste, le faillible, le fragile témoignage humain. Et, grâce à ces petits recueils d’épouvantables récits, cette monstruosité faite histoire n’a jamais été engloutie. Â».

Ajoutons un peu d’espoir en parodiant De Gaulle : « â€¦ et ne sera jamais engloutie ! Â».

Histoire

Les historiens établissent la vérité. Les juges ont posé les bases d’un droit international et fondé la notion de crime contre l’humanité.
Mais les uns et les autres sont toujours à la merci de la même adversité.
Les historiens établissent des vérités qui peuvent certes s’enrichir de nouvelles sources, mais qui sont aussi livrées à la merci des négationnistes qui imposent leurs approches dévoyées. De l’avocat de Pétain dans les décennies d’après-guerre à l’extrême droite d’aujourd’hui, les recettes sont les mêmes pour contester les bases scientifiques et la rigueur de l’historien… et jusqu’au citoyen inculte qui assimile son Front National (ou Rassemblement National) à la Résistance ; ça s’est déjà passé un jour de commémoration à Montluçon ! Ils ignoraient que le « Front National pour la Libération et l’Indépendance de la France Â» avait été créé par le Parti communiste français (PCF) par un appel publié le 15 mai 1941 dans le quotidien L’Humanité en vue d’un vaste rassemblement patriotique ouvert aux non-communistes pour rallier les différentes composantes de la société française. Autre exemple : le 8 mai dernier, « Maréchal nous voilà Â» est venu ponctuer une reconstitution de la Libération à Canet en Roussillon…

L’ignorance ou l’intentionnalité du geste recouvre toujours la même menace.

Désormais, la mémoire de la Résistance repose entre les mains des générations qui n’ont pas connu la guerre. Le premier des défis qui leur sont posés est celui de la connaissance ; la République a son mot à dire en rétablissant des programmes d’histoire dont l’enseignement participe à la construction d’une citoyenneté éclairée sur les dangers des fascismes passés ou présents.

Le second défi est celui de l’engagement ; dans une France sans loi antifasciste spécifique où l’arsenal juridique contre le racisme, la haine, l’apologie de crimes, ou la provocation à la discrimination, à la violence ou à la haine existe, ne laisse-t-on pas encore prospérer les racines du mal ?
Ce sont autant d’objets de lutte de notre association quand elle défend les valeurs de la Résistance. Depuis sa création avec l’Amicale des FTP le 2 mars 45, L’ANACR défend les valeurs de la République, patriotiques (et non nationalistes !), démocratiques, humanistes et de solidarité.
C’est tout le sens que nous donnons à nos engagements auprès de la jeunesse et du plus grand public…

Nos prochains rendez-vous illustrent nos intentions :

  • Accueil des élèves du lycée de Neuvy mardi prochain pour une journée d’immersion au Camp Hoche.
  • 27 mai : suite de l’accompagnement entamé en septembre d’une trentaine de collégiens et lycéens de la cité solaire de St Pourçain, pose de plaque, randonnée Camp Hoche…
  • 30 mai : inauguration de l’exposition Art, Littérature et Résistance à Châtillon et cérémonie décalée du 27 mai au Rocher Noir.
  • 3 juin : encadrement de l’excursion d’une journée offerte aux lauréats du CNRD et à leurs enseignant sur notre itinéraire de Résistance.
  • 19 juillet : commémoration Casanova Moladier – Besson – Cressanges
  • 19 septembre : journée de la Paix à Rocles (expo – diner -veillée en chansons)
  • 4 octobre : voyage mémoire de la Résistance – musée de Varennes Vauzelles.

    Participation active au comité du Concours de la Résistance et de la Déportation, réponses aux sollicitations institutionnelles, à celle de collectivités (comme la mairie de Neuvy en début d’année), développement de tout un arsenal d’outils à la disposition des jeunes en appui à l’enseignement de l’histoire et de l’éducation à la citoyenneté (outils numériques, expositions, publications, interventions, etc. autant que nos moyens humains et matériels nous le permettent…

C’est donc tout naturellement que mon propos s’achèvera donc sur un double appel :

  • A nous rejoindre pour accroître notre capacité d’action, adhérez et faites adhérer, tel est notre mot d’ordre.
  • A nous aider, chacun selon ses moyens, pour répondre au mieux à nos besoins, subventions, aides matérielles, tous les partenaires engagés sur nos valeurs sont les bienvenus.

Je remercie vivement toutes celles et ceux qui, adhérents, et plus encore très actifs dans la conduite de nos initiatives font vivre l’ANACR au cœur de notre Bourbonnais.

Je remercie également les collectivités qui nous soutiennent, les encourageant à le faire encore plus tout en invitant les autres à les rejoindre.

Et, pour conclure, je vous invite à rendre avec nous le plus bel hommage que nous devons aux Résistants que nous honorons aujourd’hui : que nous prenions l’engagement de leur épargner tout recommencement.