La mémoire, de pierre en bois

12 janvier 2021

C’est sous les frondaisons des grands chênes, en lisière de la petite clairière du Rond-Point de Moladier que va s’ériger un monument à la mémoire du Camp Danielle CASANOVA, maquis FTP du Bocage Bourbonnais.  

Long à venir et porteur d’une multitude d’activités, ce monument s’inspire de l’histoire du maquis dont il va honorer la mémoire. Le Camp Danielle Casanova fait partie des maquis de la dernière période de la guerre. Fondé le 6 juin 1944, jour du débarquement en Normandie, il symbolise l’élan libérateur qui s’était emparé des combattants de la Résistance quand l’espoir de la victoire avait définitivement choisi son camp. Il bénéficiait ainsi de toute l’expérience accumulée depuis des années de lutte clandestine dans d’autres structures (Camp Hoche par exemple). La mobilisation des forces rassemblées à Moladier à la fin de ce printemps 1944 était telle que seule la moitié des combattants volontaires purent être retenus pour constituer le maquis ; les autres qui pouvaient rester hors de la clandestinité constituaient un appui de première importance…

Une lacune

Jusqu’à aujourd’hui, aucun monument n’ancrait la mémoire de cette Résistance sur la terre qui l’a vu naître. Ce sera désormais chose faite après l’installation du monument de Moladier.

Cette réalisation du comité local de l’ANACR Meillard-Le Montet n’est pas une première ; elle va intervenir sept ans après qu’un autre monument ait été installé à la ferme de Villars sur la commune de Noyant (*).

Du temps

Il aura fallu plus de 4 ans pour voir aboutir ce projet et l’expérience de la réalisation précédente a été précieuse pour en faciliter la conduite. S’installer « chez les autres » suppose d’abord que l’on y soit autorisé. C’est avec le responsable de l’Inter-Région de l’ONF en charge de la forêt domaniale des Prieurés de Moladier qu’une convention a été signée, et avec les responsables locaux qu’ont été réglés les ajustements matériels de l’implantation.

De la volonté.

Pour la conception comme pour la réalisation notre association privilégie le « faire » au « faire faire », mobilisant ainsi en interne et autour de soi toutes les compétences et les bonnes volontés utiles à la réalisation du projet. Cette démarche mobilisatrice est aussi un moteur de l’action.

La présence parmi nous d’un maître dans la taille de pierre reste notre premier atout sur ce type de projet. L’opiniâtreté et la détermination d’une équipe peut faire le reste.

Une fois la réflexion déterminant les grandes lignes du projet et les grands traits de son esthétique arrêtés, il fallait lever le premier obstacle à la réalisation : son financement.

Des soutiens

La trésorerie de l’association n’étant pas en mesure de l’assurer il a fallu lancer un appel à subvention auprès de partenaires potentiels. Ce fut chose faite auprès des services de l’ONAC et des collectivités territoriales. Le Conseil départemental de l’Allier et quinze des vingt communes sollicitées ont aussi répondu favorablement à l’appel pour réunir les fonds nécessaires à l’acquisition de la matière d’œuvre. Mais il aura fallu plus de deux ans pour approcher les 3000 euros nécessaires en additionnant 50 euros par-ci, 150 par là ; 5 ou 600 par ailleurs… La trésorerie du comité local fera l’appoint pour régler la facture des blocs de pierre de Bourgogne qui feront le voyage de la Nièvre jusqu’au chantier de notre tailleur dans le camion d’un ami !

Du travail

Pendant que se négocient les détails de la convention avec l’ONF la taille de la pierre peut commencer ; et de semaine en semaine, de mois en mois, les pièces du puzzle prennent forme !

Là encore il aura fallu s’organiser et fabriquer l’installation utile au chantier avec la grande « chèvre » indispensable au levage et à la manutention des blocs. Et pour nombre d’opérations, quand deux mains ne suffisent pas, d’autres bras s’en approchent pour faire de cet ouvrage une réalisation collective. Toutes celles et tous ceux qui s’y sont joints s’en souviennent.

Les panneaux d’information, scellé sur le fût du monument pour l’un ou implanté à côté pour un autre sont conçus à l’image de ceux qui équipent tous les autres lieux de mémoire du comité local de l’ANACR Meillard Le Montet. Il a fallu faire appel à un prestataire pour une impression sur aluminium qui en garantit la tenue dans le temps.

La symbolique de la forme

La réflexion sur la conception du monument et le lieu de son implantation nous avait conduit au choix symbolique d’une forme d’arbre. L’enracinement de la Résistance dans la terre du Bocage Bourbonnais y invitait tout comme la diversité des origines ou des destinations des forces qui l’animèrent. Il y fallait des branches… Les trois grandes directions déjà gravées sur le monument de Villars devaient se retrouver… Et là, environnement forestier oblige, en bois.

Associer le bois à la pierre supposait que soit utilisée une essence sans tanin et dont la tenue dans le temps soit des meilleures. Le choix s’est porté sur du douglas. Le format des branches et la forme courbe retenue supposaient une réalisation en lamellé-collé. A défaut d’avoir trouvé un fournisseur pour ces trois pièces finies, l’équipe s’est attelée à la tâche de leur réalisation, à la découverte d’une première expérience en la matière.

Expérience et curiosité

Passé la fourniture des plateaux de douglas séché dans une scierie des Combrailles, c’est dans l’atelier de l’ami Denis qu’ils passent par scie à ruban, dégauchisseuse et raboteuse pour une réduction en planches minces assez souples pour être mises en forme…

La réalisation du moule préfigure le résultat attendu… Mais la première séance d’assemblage de quatre lames de bois encollées et pressées ne livre son résultat qu’après les quelques jours d’impatience nécessaires à la prise… La satisfaction accompagne le démoulage ; ne reste plus qu’à reproduire deux fois l’opération pour disposer des pièces de bois.

La finition des pièces et leur ajustage occupent encore quelques journées. L’assemblage des bois sur la pierre va se faire par encastrement et la fixation est assurée par un collage avec des goujons inox.

Pendant ce temps l’équipe technique de la commune de Besson a réalisé le socle en béton armé qui va recevoir le monument. Il ne se verra bientôt plus, couvert des feuilles du sous-bois, d’où ressortira la pierre claire du monument que le temps va bientôt patiner, tout comme le bois de ses branches…

Vers un aboutissement

L’installation va se faire dans les prochains mois, en quatre étapes au moins, rythmées par la fixation des différentes pièces du monument : la base sur le socle, le fût sur le socle, la tête sur le fût, et les branches sur la tête… sans compter les finitions avec les quatre plots des angles, les panneaux d’information et la petite niche conservant quelques éclats de pierre symbolisant la mémoire des Résistants disparus…

Sitôt installé, le monument appartiendra bientôt à son environnement, offert aux regards des curieux au pied des grands arbres… un nouveau petit caillou blanc sur le chemin de la mémoire de la Résistance

A suivre !