Dans leurs pas

Une journée d’immersion sur les lieux d’implantation du Camp HOCHE, Les Champs à MEILLARD.

Cette journée est systématiquement précédée de l’installation de l’exposition « Terre de Résistance » dans l’établissement dans la période précédant la visite. L’exposition est présentée dans l’établissement (format et public à déterminer en fonction des attentes de l’équipe pédagogique). Il est aussi possible d’organiser une initiative ouverte à tout public…

C’est une journée pas comme les autres…
Les animateurs du comité local de l’ANACR proposent d’accueillir des groupes de collégiens ou de lycéens pour leur faire découvrir un lieu d’implantation de maquis : le Camps Hoche, premier maquis FTP de l’Allier installé en mai 1943.
Les jeunes sont invités à participer par petits groupes à une randonnée dans les prés et les bois du village des Champs à Meillard qui les conduit, après plusieurs haltes, auprès de la stèle érigée dans la clairière de la « Pièce Plate ».
Les accompagnateurs apportent aux jeunes les informations utiles à leur découverte des lieux et de l’histoire et répondent à leurs interrogations.
Quand la météo est clémente le pique-nique se prend dans la nature ; mais en cas de mauvais temps une grange fournit l’abri nécessaire.
Et c’est aussi là que le témoignage d’anciens résistants leur est apporté avec un temps d’échange habituellement d’une grande richesse et riche d’émotions.

Lors du rassemblement au départ dans la cour de la ferme les groupes se forment après la présentation d’ensemble de la journée. C’est aussi le moment d’une lecture de paysage utile à la compréhension de l’histoire.
Le départ échelonné des petits groupes les fait échapper à la vue des autres dans le paysage tourmenté de la petite vallée où on ne voit pas plus d’où l’on vient qu’où on va…
La halte du « ponceau » symbolise la frontière du monde des légaux et des clandestin avec la cachette des provisions que les habitants du village portaient aux maquisards sans jamais les rencontrer…
Les petits groupes qui avaient été interpellés au passage du « ponceau » se retrouvent autour de la stèle au terme de leur parcours aller. Outre les apports et les échanges sur l’installation des résistants en ce lieu c’est aussi un temps de recueillement à la mémoire des victimes qui contribue à la dimension citoyenne de l’expérience des jeunes.
La remontée vers le village offre l’occasion de satisfaire bien des curiosités…

Des informations à l’intention des enseignants.

La genèse du maquis Hoche
La montée en puissance des « Résistances » au régime de Pétain, à la collaboration et à l’occupation allemande conduit à l’organisation clandestine de camps (dénomination en « maquis » plus tardivement).

Organisations interdites et réorganisation clandestine
À la suite de son interdiction le 26 septembre 1939, le parti communiste se réorganise dans la clandestinité. Montluçon est au centre de la région R3 (Allier-Cher-Creuse) et la répression engagée avec la quarantaine d’arrestations du 8 octobre 1940 témoigne du degré d’organisation de l’opposition au régime de Pétain et à l’occupant.
Les victimes de la répression sont emprisonnées en de multiples endroits (Mons près d’Arlanc, Saint Paul d’Eyjeaux, Riom, Nexon, Saint Sulpice la Pointe, Eysses, Nontron, la prison allemande de la Mal- Coiffée à Moulins, la déportation en Algérie ou plus tard en Allemagne…).

Contestation : La grève des mineurs
Fin 1940, le mécontentement règne parmi les mineurs des trois mines de charbon de Buxières-Saint-
Hilaire. La direction veut les faire travailler un dimanche sur deux. Avec les restrictions, les femmes ont de plus en plus de difficultés à garnir la musette et les poussent à revendiquer des rations plus importantes. Au Méglin les mineurs refusèrent de travailler le 4 décembre 1940.

Propagande : papillons, tracts et journaux clandestins
Dès 1940 la propagande clandestine s’organise jusqu’à l’installation de véritables petites imprimeries clandestines comme à Treignat ou Marmignolles. Les arrestations du 8 janvier 1942 et la neutralisation de l’imprimerie de Vieure réorientent l’organisation sur des installations plus réduites, plus nombreuses et dispersées. Dans la nuit du 12 au 13 février 1941, à Montluçon, ZWILLING et MARTINEAU sont chargés de récupérer deux ronéos exposées dans la vitrine d’une librairie, rue Bretonnie. L’une est donnée au parti communiste, l’autre reste dans les mains de la J.C. cachée chez les parents de Georges GAVELLE, à Lavault Saint Anne.
A son entrée en zone non-occupée le 11 novembre 1942, l’armée allemande s’installe à Montluçon à la caserne Richemond.

Manifestation du 6 janvier 1943
Après un premier convoi de travailleurs réquisitionnés parti de la gare de Montluçon sans encombre sous une forte escorte policière et militaire en décembre 1942, le second, organisé le 6 janvier ne bénéficie pas des mêmes précautions. La riposte organisée par les jeunes communistes de Montluçon avec Louis BAVAY regroupe des socialistes, des F.F.L., des M.U.R, des gaullistes… Gare et quais occupés par les manifestants, la quasi-totalité des requis pour aller travailler en Allemagne peuvent s’échapper. L’armée allemande appelée à la rescousse évacue la gare… La répression va s’abattre avec une vingtaine d’arrestations.

Le passage à la lutte armée : l’installation du camp HOCHE
La décision de former et d’installer un « maquis » est déjà prise en décembre 42. Le pré-maquis s’installe à Marmignolles (côtes de Désertines à l’est de Montluçon) puis migre vers Villefranche avant son implantation finale à Meillard.
Après la manifestation du 6 janvier 1943 à Montluçon les réfractaires du STO sont plus nombreux à être contraints à la clandestinité. Les problèmes d’organisation posés sur le secteur urbain de
Montluçon ainsi que l’opportunité ainsi offerte de ressources disponibles pour l’action clandestine conduisent les responsables du « groupe armé de Montluçon Ville » (Katz-Zwilling-Gavelle) à envisager une implantation d’un camp dans la campagne bourbonnaise. Pour assurer la vie et l’action d’un résistant clandestin il faut compter au moins deux résistants « sédentaires » ou « légaux » (qui disposent de papiers et d’activités qui les couvrent). Les impératifs d’organisation en matière de sécurité et de logistique font cibler deux régions du département, les « triangles de fer » :
Theneuille – SaintPlaisir – Ygrande & Treban – Meillard – Besson

Les jeunes montluçonnais viennent s’installer en terre inconnue… En 1943 la priorité des combattants entrés dans la clandestinité reste la sécurité d’un abri bien caché… Un an plus tard les choses auront bien changé quand les maquisards du Camp Casanova, bien plus nombreux que ceux du Camp Hoche, entreprendront de défiler le 14 juillet dans toutes les communes du secteur !

Dans ces deux secteurs, les résistants disposaient de l’environnement favorable à leur implantation (soutien actif, ravitaillement…). Meillard est préféré à Saint-Plaisir pour abriter le camp. Sa localisation, au plus près de la capitale de la collaboration, Vichy, se veut un symbole de la détermination de la Résistance dans la lutte contre le nazisme et ses complices.
Sur recommandation d’Edmond CIVADE, Lucien DEPRESLE accueille Tilou BAVAY et le conduit à « La Pièce Plate » dans les bois des Champs où le camp HOCHE va s’installer à la limite des communes de Meillard, Laféline et Verneuil.
L’installation est supervisée par Georges GAVELLE.

Ce document fait état du Maquis FTPF de Saint-Pourçain sur Sioule. C’est une dénomination qui avait été abandonnée au profit de celui de Camp Hoche, (Le nom du Général de la Révolution mort à 30 ans dans l’armée napoléonienne avait été choisi comme emblème de l’engagement des jeunes réistants)
Carte réalisée par Georges Gavelle pour illustrer les mouvements des résistants du Camp Hoche.

L‘action
La mise en place suppose la construction de cabanes, l’approvisionnement en vivres, en matériel et en armes et munitions, toutes choses compliquées à organiser sans contact direct en respectant la sécurité des clandestins.
Les fermes fournissent la nourriture et l’abri pour les blessés ou les malades.
Les résistants « légaux » assurent le renseignement, les liaisons et l’approvisionnement.
Les collectes organisées apportent l’argent nécessaire (dans les usines, les organisations politiques… et jusque chez les prisonniers en Allemagne !).
Les armes proviennent pour certaines de récupérations faites à la débâcle et d’autres sur des opérations.
L’historique, remis à l’autorité militaire par Tilou BAVAY relève une cinquantaine d’opérations en 6 mois à Noyant, Bressolles, Chemilly, La Ferté Hauterive, La Racherie, St Loup, Saint-Pourçain, Bransat,
Le Theil, Treban, Besson, Bresnay, Monétay sur Allier, Chantelle, Chez elles, Bellenaves, etc.
Courant juillet et août ordre avait été donné du brûlage des meules de blé des collaborateurs.
. à Treban la récolte du maire
. à Meillard une meule et la machine à battre
. à Monétay une meule
. Tentative de sabotage de la ligne haute tension à La Racherie (Contigny)
. Incendie des stocks de fourrage réquisitionné par les Allemands aux Halles à Saint Pourçain sur Sioule
. Sabotage à trois reprises de la ligne Haute-tension : deux fois à Monétay et une fois à Châtel de Neuvre.
. Attaque d’un train de légionnaires entre Moulins et Saint-Germain
Les actions du maquis Hoche revêtirent la forme de guérilla et de sabotages de lignes électriques, de transformateurs, de voies ferrées, destruction de dépôts allemands, engagement contre la milice et indirectement l’armée d’occupation, avec des difficultés de toutes sortes.
La guérilla se pratique pour bien s’apprendre. ZWILLING et KATZ balançaient régulièrement des tracts par-dessus les murs de la caserne de Montluçon en déjouant les patrouilles allemandes (écrits en allemand qu’ils pratiquaient couramment).

La dispersion
Dès le mois d’août 1943, le nombre des maquisards devient trop important pour envisager de passer l’hiver sur place. Trois détachements s’en éloignent. Edmond PETIT rejoint le groupe de Besson-Bresnay avec 12 hommes. Maurice RAYNAUD s’installe dans la région de Bransat avec 15 hommes. Arrêté le 22 janvier, déporté à Buchenwald par le convoi n° 211, du 12 mai 1944, il fera partie de la brigade libératrice du camp.
Le détachement le plus important de 17 hommes rejoint la forêt des Colettes où Etienne PEIGUE a trouvé un emplacement près de Boénat, pour établir le camp.
Certains rejoindront le Camp Gabriel Péri dans le Puy de Dôme, d’autres la Montagne Bourbonnaise… Le Camp HOCHE installé à Meillard de mai à octobre 1943 c’est :
. Six mois de préparation
. Six mois d’activité
. Une cinquantaine de maquisards au plus fort des effectifs.
. Une cinquantaine d’opérations

Les terres du Bocage Bourbonnais ont été fertiles pour la Résistance ; après le Camp Hoche, le 6 juin 1944 le Camp Danièle CASANOVA sera créé à Moladier avant de gagner Meillard non loin de l’implantation du camp Hoche avec beaucoup plus de combattants que ce dernier en avait rassemblé pour participer à la Libération du département… Et ce sont près de trente maquis FTP qui seront répertoriés en 1944 dans le département.

Stèle de la Pièce Plate dans les bois des Champs près du ruisseau du Douzenan.

Document fourni aux professeurs de l’établissement en amont de la journée.

Document fourni aux élèves pour la sortie (repérage du parcours sur les cartes et notes…)