Mont-Rousset

2 janvier 2020

69 ans après Laféline se souvient.

La maison de Mont-Rousset


Le 22 janvier 1944 est une date à jamais inscrite dans l’histoire de la commune de Laféline. Il est 5 heures du matin lorsque la ferme de la famille Fort est cernée par la Gestapo et les soldats allemands. Louis, son épouse Germaine, leur fils Roger et leur domestique, Georges Bourrienne, sont arrêtés. – Bertrand Christian Le 22 janvier 1944, il y a tout juste 69 ans, cinq Lafelinois étaient arrêtés par la Gestapo, puis déportés. Une rafle qui a marqué le village.
Depuis début 1943, dans le secteur de Meillard, Bresnay, Treban, Voussac et Laféline, les Résistants s’organisent en maquis (camp Hoche, puis Casanova, camp Henri Barbusse) pour chasser l’occupant nazi. Mais, l’ennemi et la milice de Pétain peuvent compter sur les « collabos » pour les démasquer et les faire arrêter.
Le 22 janvier 1944 est une date dans l’histoire de Laféline. Il est 5 heures du matin, lorsque la ferme de la famille Fort, à Mont-Rousset, est cernée par la Gestapo et les soldats allemands. Louis (42 ans), son épouse Germaine (39 ans), leur fils Roger (19 ans), et leur domestique, réfractaire au STO, Georges Bourrienne (24 ans), sont arrêtés.
A 8 heures, le convoi nazi stoppe devant l’école. La Gestapo se dirige vers le secrétariat de mairie et procède à l’arrestation de l’instituteur, Georges Blanchard (35 ans), sous les yeux de son épouse Germaine.
Ce n’est par hasard si la Gestapo s’est dirigée vers ces deux familles. Leur intense activité au sein de la Résistance, leur aide aux camps Henri Barbusse, Hoche, Casanova et leur opposition au régime pétainiste étaient remontées jusqu’à eux.

Qui étaient-ils ? Georges Blanchard était instituteur à Laféline depuis 1931, mais aussi secrétaire de mairie. Il profite de cette fonction pour établir, avec l’aide de son épouse, de fausses cartes d’identité et d’alimentation, de faux certificats d’exemption du STO. Toujours avec l’aide de sa femme, il tire des journaux clandestins, aide à la constitution des maquis à Voussac pour le camp Henri Barbusse, à Meillard pour les maquis Hoche et Casanova. Lorsque les Résistants sont traqués, le couple héberge les agents de liaison. Après son arrestation, Georges Blanchard a été déporté à Buchenwald.
Louis Fort a été mobilisé le 26 août 1939. Il est arrêté le 27 décembre de la même année et condamné à six ans de prison « pour propos défaitistes et propagande communiste ». Interné à Clairvaux, puis à Riom, il est libéré le 19 novembre 1942. Le 5 août 1943, il est chargé par le comité régional de former un groupe FTP. Après son arrestation, il est, lui aussi, déporté à Buchenwald.
Son fils, Roger Fort, a été chargé de la formation de la 2 e compagnie FTPF à Laféline. Il a participé à la prise du dépôt d’explosifs de Bransat, le 15 septembre 1943, et au sabotage du transformateur du Theil. Deux actions qui lui ont valu une citation à titre posthume. Il a été lui aussi déporté à Buchenwald.

Sa mère, Germaine Fort, a été déportée à Ravensbruck. Elle s’employait à confectionner les repas et laver le linge des Résistants traqués, des agents de liaison et autres réfractaires au STO que la famille cachait. Parmi eux, Georges Bourrienne qui se trouvait chez eux le jour de la rafle. Il a été déporté à Mauthausen, en Autriche.
Que sont-ils devenus ? En avril 1945, Louis Fort est dirigé, par le train, avec de nombreux autres déportés, vers le camp d’extermination de Bergen Belsen. Mais le convoi est bombardé par l’armée britannique. À Mieste, les hommes sont contraints de continuer à pied (« la marche de la mort ») jusqu’à Gardelegen. Louis Fort survécut. Après un mois d’hôpital à Bruxelles, il est de retour en mai 1945. Roger Fort est dirigé, comme son père, sur Bergen Belsen. Il est décédé à Mieste, au cours de l’évacuation. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Germaine Fort est restée au camp de Ravensbrück jusqu’à son évacuation sur Bergen Belsen. Elle fait partie des onze femmes françaises libérées par la Croix-Rouge, le 9 avril 1945, à la frontière germano-soviétique, lors d’un échange de prisonniers. Elle est rapatriée le 8 mai 1945.
Georges Bourienne est décédé le 15 janvier 1945, à Mauthausen. Son corps n’a jamais été retrouvé. Quant à Georges Blanchard, il est libéré le 23 avril 1945 et rapatrié sur Paris, le 15 mai 1945. Il ne pèse que 35 kg. Il reprend ses fonctions à l’école de Laféline avec son épouse, jusqu’à la retraite en 1962. Christian qui a été un de ses élèves, se souvient « Tous les ans, il consacrait une journée à la déportation. M. Blanchard nous racontait ce qu’il avait vécu, nous montrait des photos, et il pleurait. Ceci m’a marqué à jamais ».

Christian Bertrand