Le Rocher Noir – Châtillon

Stèle érigée à la mémoire de l’embuscade tendue ici par les combattants du Maquis Danielle Casanova à une colonne allemande.

C’était la première action de guerilla des combattants du Camp Danielle Casanova. Voici le récit de Jean AMEURLAIN extrait de l’ouvrage de André SEREZAT « Et les bourbonnais se levèrent » (1).

« Arrivés au petit jour , dans les virages de Monétay sur Allier et La Racherie, avant de trouver un endroit propice et d’installer l’embuscade, nous avons été surpris par l’arrivée d’une troupe allemande d’environ 200 hommes effectuant une marche à pied de nuit et rentrant à son cantonnement à Saint¨Pourçain. Prudemment j’ordonne la retraite qui n’est d’ailleurs pas passée inaperçue.

Il y avait un groupe de 8 FTP du camp Casanova : les deux frères lucien et Georges Aurembout, un camarade d’origine espagnole, Ramos (on l’appelait à l’époque Fabre), Henri Véniat qu’on appelait Jean, Paul Pommier qui s’appelait Alfred. Les deux Auremboux s’appelaient le Cheval et la Veste; Godet s’appelait la Fleur, Louis Allègre le Vélo, Renaud Gratien, plus le capitaine Dufaut dit Sapin et moi-même qui était l’organisateur de cette embuscade.

J’avais à faire à des camarades qui n’avaient jamais, jamais fait de guerilla. Ca, il faut le dire, un groupe de FTP qui n’avait seulement jamais tiré avec une arme, consentir à attaquer une colonne allemande, c’était quand même quelque chose d’extraordinaire. Bon, je crois qu’elle n’étaiyt pas très importante, il n’y avait qu’une dizaine de véhicules; il aurait pu y en avoir quarante ou cent, mais ça n’avait aucune importance, étant donné qu’on ne s’attaquait qu’aux premiers éléments de la colonne. Et dès qu’on sentait que la colonne était très importante, qu’on ne tiendrait plus le coup, bien sûr il fallait se replier, et tout l’art d’un bon guerillero c’est d’avoir bien préparé un bon chemin de repli. Et là, on peut dire qu’on avait choisi un endroit idéal parce que boisé en bordure de route. Il y avait un talweg très broussailleux qui partait très loin dans les champs, qui nous dissimulait et par lequel on est parti. On ne risquait donc pas grand chose, mais ce qui m’a surpris le plus, c’est l’attitude des garçons que j’ai emmenés. Il y avait l’espagnol Ramos à qui on a confié le fusil mitrailleur…

  • Ah ! vous aviez un fusil-mitrailleur ?
  • Oui. Lui avait déjà fait de l’armée, il avait déjà utilisé une arme automatique en Espagne. On l’avait situé sur un rocher très haut et il était chargé de faire la protection pour notre repli… Bon, les allemands sont arrivés, direction de Moulins. Le capitaine Sapin a balancé sa grenade au plastic sur le premier véhicule qui s’est aplati comme une galette. Bien sûr, ça été l’affolement général de la part des allemands qu’on a arrosés avec les mitraillettes. Et là, je crois, d’après tout ce que j’ai pu savoir par la suite, qu’ils avaient laissé une quinzaine de morts ».

Aucun mal du côté des maquisards.

1 : Et les Bourbonnais se levèrent – André SEREZAT – Edition CREER 63340 Nonette – 1985